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Transcription

Sur une route de campagne d’Almonte, une voiture familiale rouge s’arrête à côté d’une boîte aux lettres, au bout d’une allée de garage. De la vitre arrière, un bras se tend, ouvre la boîte aux lettres, y dépose précautionneusement une liasse d’enveloppes, la verrouille et lève le fanion.

La postière s’appelle Lorianne Casselman. Elle distribue le courrier aux habitants de la route 539 depuis plus d’un an. Lorianne est atteinte de surdi-cécité.

Incapable de voir ou d’entendre, Lorianne use de ses autres sens, toucher, goût et odorat, ainsi que de l’aide d’intervenantes, pour naviguer dans le monde. Elle utilise ses deux mains pour communiquer avec ses intervenantes grâce à la langue gestuelle des signes, tenant la personne avec qui elle converse par les mains afin de sentir les mots qu’elle exprime.

« Lorianne nous a accompagnées pendant la majeure partie de notre formation. Elle nous a montré ses signes, nous les a enseignés, nous a appris comment en faire usage à son encontre, sans oublier de nous corriger lorsque nous nous trompions », raconte Freda Clark, une intervenante travaillant aux côtés de Lorianne depuis dix ans.

Lorsqu’un des ses amis a demandé à Lorianne si elle voulait aider à distribuer le courrier le long d’une route de campagne, ses intervenantes savaient qu’elle était en mesure de s’acquitter aisément de cette tâche. Le premier jour, April Georgeadis, une intervenante qui travaille avec Lorianne depuis cinq ans, lui a montré où se trouvaient les boîtes aux lettres et comment les ouvrir et lever les fanions.

« Après trois boîtes aux lettres, elle le faisait déjà toute seule, en totale autonomie et sans aucune aide de ma part », affirme April, ajoutant que les portes de nombreuses boîtes sont raides et difficiles à verrouiller. Mais Lorianne s’assure de bien placer tout le courrier dans la boîte, même lorsque les enveloppes sont volumineuses et rentrent à peine.

La majeure partie de sa vie, Lorianne l’a passée au Centre régional Rideau, l’un des trois derniers établissements gouvernementaux pour les personnes ayant une déficience intellectuelle qui ferment leurs portes le 31 mars 2009. Lorianne a pu prolonger les expériences qu’elle a faites au Centre régional Rideau et profite désormais des possibilités et soutiens nouveaux dont elle jouit au sein de la collectivité. Depuis 2004, près de 1 000 personnes ont quitté ces établissements pour rejoindre de nouveaux foyers. Partout en Ontario, le gouvernement aide les personnes ayant une déficience intellectuelle à obtenir les aides leur permettant plus facilement de vivre de manière plus autonome et de prendre plus pleinement part à la vie au sein de leurs collectivités.

Freda confesse volontiers que depuis que Lorianne a déménagé dans un nouveau foyer au sein de la collectivité, il y a neuf ans de cela, la jeune femme discrète qu’elle était alors s’est transformée en une adulte épanouie. « Au cours des dix années écoulées depuis que j’ai fait sa rencontre, elle beaucoup appris sur la vie et s’est mise à l’apprécier énormément. C’est le plus grand changement que j’ai vu s’opérer en elle. »

La détermination et la soif d’apprendre de Lorianne sont allées jusqu’à la pousser à ouvrir sa propre pâtisserie, baptisée Lori’s Unforgettable Treats (Les délices inoubliables de Lori). Les membres de la collectivité se bousculent pour commander gâteaux et biscuits à temps pour les fêtes. « Elle adore faire de la pâtisserie », avoue Freda. « Elle fait un gâteau au fromage fourré aux barres Skor absolument incroyable, à se damner. »

Entre distribuer le courrier, participer aux programmes de jour, jardiner, faire le ménage, aller jouer au jeu de quilles ou nager avec des amis et faire de la pâtisserie, Lorianne est constamment sur le qui-vive. À l’image de ses pâtisseries, c’est une personne unique et inoubliable.