L’Ontario présente ses excuses aux anciens résidents des centres régionaux pour personnes ayant une déficience intellectuelle

La première ministre Kathleen Wynne a fait la déclaration suivante à l’Assemblée législative aujourd’hui :

« Monsieur le Président,

La responsabilité de tout gouvernement est de prendre soin de sa population, de veiller à ce qu’elle soit protégée et en sécurité. Les liens de confiance fondamentale entre l’État et le peuple reposent sur ces concepts.

Ce sont sur ces bases de confiance que tout le reste se construit : notre sentiment d’identité, notre esprit communautaire, notre mission. Lorsque cette confiance est brisée avec un seul d’entre nous, nous perdons toutes et tous quelque chose, nous sommes toutes et tous diminué.

Je tiens à aborder une question de confiance devant cette assemblée et mes collègues réunis, mais je m’adresse vraiment à un groupe de personnes qui se sont jointes à nous cet après-midi et aux nombreuses autres personnes qui ne pouvaient pas être présentes ici, aujourd’hui.

C’est avec une profonde humilité que j’accueille aujourd’hui à l’Assemblée législative d’anciens résidents du Centre régional de la Huronie et du Centre régional Rideau de Smiths Falls et que je m’adresse aussi aux anciens résidents du Centre régional du Sud-Ouest près de Chatham, de même qu’à leurs familles et à leurs défenseurs.

Je tiens à vous accueillir toutes et tous et à rendre hommage à votre détermination et à votre courage. Je tiens également à vous remercier de votre présence parmi nous pour témoigner à cette occasion

Monsieur le Président, nous assumons aujourd’hui la responsabilité de la souffrance de ces personnes et de leurs familles.

J’adresse mes excuses aux hommes, aux femmes et aux enfants de l’Ontario pour lesquels un modèle de soins en établissement destiné aux personnes ayant une déficience intellectuelle s’est avéré un échec.

Nous devons regarder droit dans les yeux les personnes qui ont été touchées et celles qui ont été ignorées, et leur demander « pardon ».

En tant que première ministre et au nom de l’ensemble de la population de l’Ontario, je vous demande pardon pour votre souffrance, pour ce que vous avez perdu et pour l’effet de ces expériences sur votre foi en la province et en votre gouvernement.

Je vous demande pardon pour ce que vous et les êtres qui vous sont chers ont vécu et pour la souffrance qui continue d’être la vôtre, aujourd’hui.

Dans le cas du Centre régional de la Huronie, certains résidents ont été victimes de négligence et de violence au sein même du système qui devait les protéger. Nous les avons trahis, eux et vous, et nous ressortons de cette expérience diminués.

Au fil des générations et sous de nombreux gouvernements, un trop grand nombre de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants, de même que leurs familles, ont été profondément blessés et continuent de porter les cicatrices et les marques de cette époque.

Leur humanité a été minée. Ils ont été séparés de leurs familles et on leur a volé leur potentiel, leur confort, leur sécurité et leur dignité.

Au Centre régional de la Huronie, certains de ces résidents ont été maîtrisés de force, enfermés dans des conditions insupportables, exploités pour leur main-d’œuvre et entassés dans des locaux insalubres.

Bien que le modèle de soins de cet établissement ait maintenant été reconnu comme étant absolument inapproprié, de nombreux cas de violence physique et psychologique commis par certains membres du personnel et résidents n’ont pas non plus été signalés.

Le Centre régional de la Huronie a fermé ses portes en 2009 lorsque l’Ontario a fermé les portes de ses derniers établissements résidentiels provinciaux destinés aux personnes ayant une déficience intellectuelle.

Aujourd’hui, Monsieur le Président, nous ne considérons plus les personnes ayant une déficience intellectuelle comme « différentes ». Ce sont des garçons et des filles, des hommes et des femmes qui ont des espoirs et des rêves comme chacun et chacune d’entre nous.

En Ontario, l’ensemble de la population mérite que nous la soutenions, que nous la respections et que nous en prenions soin. Nous devons nous aider et prendre soin les uns les autres. Nous devons nous lancer comme défi d’agir en étant mus avant tout par un sens moral.

Aujourd’hui, nous nous efforçons de soutenir les personnes ayant une déficience intellectuelle pour qu’elles puissent vivre de façon aussi autonome que possible et mieux s’intégrer à toutes les facettes de leur communauté.

En tant que société, nous essayons de tirer les leçons de nos erreurs passées, et ce processus continue.

Je sais, Monsieur le Président, que nous ne sommes pas arrivés au bout de nos peines.

Par conséquent, nous protégerons la mémoire de toutes les personnes qui ont souffert. Nous les aiderons à raconter leur histoire et nous veillerons à ce que les leçons de cette époque ne soient pas oubliées. Nous vous demandons pardon. Merci. »