Présentation des excuses de l’Ontario
aux anciens résidents et aux anciennes résidentes
des centres régionaux pour les personnes
ayant une déficience intellectuelle

December 9, 2013


Lien : format PDF

icône vidéo

Discours d'excuses
de la première ministre

Transcription


Monsieur le Président,

Une des responsabilités ultimes d’un gouvernement est de prendre soin de sa population et de s’assurer qu’elle est protégée et qu’elle est en sécurité. À cet égard, il existe un lien de confiance de base entre l’État et la population. C’est sur le fondement de cette confiance que tout se bâtit : notre identité, notre sens de la communauté, notre but dans la vie. Et lorsque cette confiance est brisée pour chacun de nous, nous perdons tous et toutes quelque chose et nous sommes tous et toutes dépréciés. Je me suis levée pour aborder une question de confiance en cette chambre et devant mes collègues ici réunis, mais je m’adresse véritablement à un groupe de personnes qui se sont jointes à nous cet après-midi de même qu’aux nombreux autres qui ne pouvaient être présents aujourd’hui.

Aujourd’hui, je me sens humble en souhaitant la bienvenue à l’Assemblée législative aux anciens résidents et anciennes résidentes du Centre régional de la Huronie et du Centre régional Rideau de Smiths Falls de même qu’en m’adressant aux anciens résidents et anciennes résidentes du Centre régional du Sud Ouest, qui est près de Chatham, ainsi qu’à leur famille et à leurs partisans. Je veux leur rendre hommage pour leur détermination et leur courage. Et je les remercie d’être ici et de servir de témoins pour l’occasion.

Aujourd’hui, Monsieur le Président, nous assumons la responsabilité des souffrances subies par ces personnes et les membres de leur famille. Je présente des excuses aux hommes, aux femmes et aux enfants que l’Ontario a laissé pour compte avec son modèle de soins institutionnels à l’intention des personnes ayant une déficience intellectuelle. Nous devons regarder dans les yeux de ceux et celles qui ont souffert et qui ont été abandonnés à leur sort pour leur dire : « Nous sommes désolés ». À titre de première ministre et au nom de l’ensemble de la population de l’Ontario, je suis désolée des peines, des pertes et de toutes les répercussions que vous avez subies et qui ont miné votre confiance dans la province et dans le gouvernement. Je suis désolée de ce que vous et vos êtres chers avez dû vivre de même que pour la peine que vous avez endurée jusqu’à ce jour.

Dans le cas du Centre de la Huronie, certains résidents et certaines résidentes ont été victimes de négligence et d’abus à l’intérieur même d’un système qui devait leur prodiguer des soins. Nous avons brisé la confiance de ces personnes avec vous et, en ayant agi de la sorte, nous nous sommes dépréciés. Au fil des générations et pendant le mandat de divers gouvernements, un trop grand nombre de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants et de leurs familles ont été profondément blessés et ils continuent d’en porter les stigmates et d’en vivre les conséquences. Leur humanité n’a pas été respectée; ils ont été séparés de leur famille et on leur a dérobé leur potentiel, leur confort, leur droit à la sécurité et leur dignité.

Au Centre de la Huronie, certains de ces résidents étaient soumis à des mesures de contention et à de la réclusion intenable. On les a exploités par leur travail et ils étaient aussi entassés dans des dortoirs insalubres. Et, bien que ce modèle de soins offerts par cette institution soit maintenant reconnu comme profondément inadéquats, il y a aussi eu des cas d’abus physiques et émotionnels non vérifiés par certains membres du personnel et des résidents. Je crois que les abus physiques et émotionnels étaient le résultat d’une culture mal inspirée qui percevait les personnes ayant une déficience intellectuelle comme quelque chose d’étrange plutôt que comme des garçons et des filles, des hommes et des femmes ayant des espoirs et des rêves au même titre que chacun de nous.

Le Centre de la Huronie a fermé en 2009 alors que l’Ontario fermait les portes des derniers établissements à l’intention des personnes ayant une déficience intellectuelle.

Aujourd’hui, Monsieur le Président, nous ne percevons plus les personnes ayant une déficience intellectuelle comme étrange. Il s’agit de garçons et de filles, d’hommes et de femmes ayant des espoirs et des rêves au même titre que chacun d’entre nous. En Ontario, toute personne a droit à notre soutien, à notre respect et à nos soins. Nous devons veiller les uns sur les autres, prendre soin les uns des autres et nous mettre au défi d’être inspirés par notre sens moral avant toute autre chose. Aujourd’hui, nous cherchons à soutenir les personnes ayant une déficience intellectuelle de telle sorte qu’elles puissent mener des vies aussi autonomes que possible et mieux faire partie de tous les aspects de la vie en communauté.

En tant que société, nous cherchons à apprendre des erreurs du passé. Et ce processus se poursuit. Je sais, Monsieur le Président, qu’il nous reste encore bien du travail à faire. Et nous allons protéger les souvenirs de toutes les personnes qui ont souffert; nous allons aussi les aider à raconter leur histoire et veiller à ce que les leçons de cette époque ne soient pas oubliées.