Bonjour et bienvenue, je m’appelle Glennie Mercer et je serai votre animatrice ce matin. Avant de commencer, permettez-moi de vous rappeler une ou deux choses. L’objectif de la séance d’aujourd’hui est de partager la sagesse collective, l’expérience, les idées et les points de vue de vous tous. Il y a des gens dans l’auditoire ici à Toronto; il y a aussi des participants à divers endroits ailleurs dans la province : Orangeville, Chatham, Ottawa, Thunder Bay. Nous avons aussi des membres du public qui nous écoutent; il y a donc une très bonne représentation de divers groupes de personnes. Nous avons une large représentation de personnes du ministère des Services sociaux et communautaires (MSSC), du ministère du Logement, d’organismes de soutien, de personnes ayant une déficience intellectuelle, de membres de leur famille, de groupes familiaux, de promoteurs privés, en d’autres mots, beaucoup de personnes différentes. Beaucoup d’idées différentes, beaucoup de points de vue différents sont également représentés aujourd’hui.

Pendant que vous écoutez et que vous échangez, nous vous encourageons à partager vos idées sur Twitter. Le mot-clic en anglais est #DSHousingForum. Et il y a aussi un mot-clic en français – je pense qu’il apparaît sur la prochaine diapositive. Il s’agit de #ForumLogementPDI. De plus, vous avez entre les mains un programme du forum que je vous encourage à parcourir. Vous y trouverez des biographies, ainsi que beaucoup de faits et de renseignements. Vous aurez l’occasion d’entendre les deux ministres Jaczek et Ballard; tous deux prononceront quelques mots d’ouverture.

Nous ferons ensuite une courte pause pendant que notre groupe de panélistes s’installera. Ce groupe sera composé de quatre personnes qui partageront leurs expériences; vous aurez aussi l’occasion de leur poser des questions. Vous pouvez voir une adresse de courriel sur votre table. Nous n’avons pas de microphones dans cette salle, mais nous avons des gens qui suivent le déroulement de l’événement; vous pouvez leur envoyer vos questions par courriel. Nous ferons ensuite une pause.

Après le dîner, les participants des régions participeront à un forum au cours duquel ils auront d’autres occasions de dialoguer et de partager leurs expériences. J’aimerais commencer en vous présentant l’honorable ministre des Services sociaux et communautaires, la Dre Helena Jaczek. La ministre Jaczek possède à la fois un diplôme de médecine et une maîtrise en administration des affaires. Elle a passé de nombreuses années en médecine générale, a été médecin hygiéniste et commissaire des services de santé pour la municipalité régionale de York, et elle a beaucoup travaillé au sein de nombreux organismes de santé et communautaires. Madame la Ministre Jaczek.

Merci beaucoup, Glennie. C’est merveilleux d’être ici avec vous tous pour une séance qui sera, je l’espère, très utile et fructueuse. Je suis également ravie que mon collègue, l’honorable Chris Ballard, soit ici avec nous. Non seulement il est ministre du Logement, mais il est aussi le ministre responsable de la Stratégie de réduction de la pauvreté; mieux encore, il dispose d’un budget d’investissement. Je suis convaincue que vous serez enthousiasmés par les propos qu’il tiendra un peu plus tard. Je tiens sincèrement à remercier toutes les personnes qui ont organisé ce forum ici aujourd’hui, et tout particulièrement Artscape Sandbox pour son accueil ici. Artscape est une entreprise sociale qui fait la promotion de la créativité et qui transforme les collectivités et les quartiers; l’endroit est donc tout indiqué pour notre forum.

Je souhaite aussi la bienvenue au président du Groupe de travail sur le logement pour les personnes ayant une déficience intellectuelle, Ron Prussen, et aux membres de son groupe de travail qui sont présents avec nous aujourd’hui. Comme vous le savez, nous avons aussi des gens qui participent à nos séances régionales à Chatham, Orangeville, Ottawa et Thunder Bay; merci également aux personnes qui se joignent à nous par l’entremise de la webdiffusion en ligne. Je pense que nous savons tous que le logement a un impact positif très important sur la santé et sur le plan social, tout particulièrement pour les gens qui ont besoin d’un soutien supplémentaire, comme les personnes ayant une déficience intellectuelle. Le but de ce forum est de trouver des solutions en établissement à plus long terme pour les adultes ayant une déficience intellectuelle, et de rencontrer en grand nombre les personnes qui ont besoin de notre soutien.

Nous devons partager nos idées sur la façon d’éliminer les obstacles, d’accroître les occasions et de soutenir un logement novateur et inclusif. Comme vous le savez, enfin j’espère que vous le savez, en 2014, notre gouvernement a annoncé un investissement de 810 millions de dollars sur trois ans en vue d’améliorer les services communautaires et les services aux personnes ayant une déficience intellectuelle. Sur le moment, cela semblait être beaucoup d’argent. Évidemment, nous avons rapidement constaté que ce n’était pas suffisant. Une partie de cet investissement – encore une fois j’espère que vous le savez – est consacrée depuis trois ans à offrir un nouveau soutien en établissement à environ 1 400 adultes ayant une déficience intellectuelle; ce nombre devrait être atteint d’ici 2017-2018.

En outre, nous finançons actuellement 18 projets créatifs de logement recommandés par le Groupe de travail sur le logement, soit un investissement de 5,6 millions de dollars. Cela a permis à 113 personnes d’obtenir un nouveau soutien en établissement. La conception de ces divers projets nous a assurément aidés; toutefois, à l’avenir, nous devrons vraiment en faire davantage. Il y a tant de personnes qui attendent un soutien en établissement. Mon ministère fait de son mieux; je peux vous l’affirmer parce que j’en suis la ministre depuis deux ans et demi. Nous réagissons aux situations de crise. Toutefois, d’une façon ou d’une autre, les listes d’attente ne cessent d’augmenter alors que les enfants font la transition vers le système pour les adultes.

Je tiens simplement à préciser que lorsque je parle d’accélérer les choses, il n’est absolument pas question de revenir à un contexte institutionnel. Ce n’est pas du tout l’orientation de notre gouvernement. Cela a été avancé récemment dans les médias, comme le savent ceux d’entre vous qui suivent la situation de près. Toutefois, ce n’est absolument pas notre intention. Nous croyons fermement à l’inclusion, mais vous savez aussi que l’ombudsman a publié son rapport en septembre. Dans son rapport, l’ombudsman a été très dur à l’endroit de mon ministère. Selon lui, notre ministère ne collaborerait peut-être pas aussi bien qu’il le devrait avec ses organismes partenaires. Cela a assurément été un rappel à l’ordre pour nous tous. Nous avons encore beaucoup à faire, au meilleur de nos capacités, pour nous assurer que les bons services atteignent chaque personne. La solution la plus simple semble peut-être d’investir plus d’argent. Cela fait certainement partie de la solution, mais le financement ne suffira pas à lui seul.

Je suis déterminée à transformer les services aux personnes ayant une déficience intellectuelle en un système de soutien plus accessible, plus équitable et plus durable. Je tiens en outre à tous vous assurer – que vous représentiez une municipalité ou un organisme – de la collaboration de mon ministère et de son ministère partenaire, représenté ici par Chris Ballard, afin d’inclure aussi les enfants et les jeunes. Il est d’autant plus important, au moment où les gens font la transition du système pour les enfants à celui destiné aux adultes, de travailler ensemble afin que nul ne soit laissé pour compte.

Le thème du forum d’aujourd’hui est simple : nous reconnaissons que les personnes ayant une expérience concrète doivent jouer un rôle déterminant dans la recherche de solutions réelles aux problèmes de résidence des personnes ayant une déficience intellectuelle. Nous sommes réunis aujourd’hui pour nous écouter mutuellement, pour entendre ce qui doit être fait pour créer davantage de logements inclusifs pour les adultes ayant une déficience intellectuelle, et pour répondre aux besoins du nombre important de personnes sur les longues listes d’attente. En fait, pas plus tard qu’hier, la vérificatrice générale est revenue sur le sujet avec moi. Comme vous l’avez sans doute lu, elle s’apprête à publier son rapport. Mon ministère ne sera pas visé par ce rapport. Toutefois, nous restons en contact avec la vérificatrice générale qui surveille nos listes d’attente, et nous ferons tout notre possible pour donner suite dans le futur à ses excellentes recommandations à cet égard. Pour dégager des pistes de solutions véritablement inclusives, nous devons travailler ensemble et mettre en commun nos idées et nos pratiques exemplaires.

J’encourage toutes les personnes ici présentes, ainsi que toutes les personnes qui nous écoutent à l’échelle de la province, à participer à cet effort en organisant vos propres séances de consultation, en laissant un commentaire sur le site Web du Ministère ou tout simplement en transmettant vos commentaires sur Twitter. Comme on vous l’a déjà dit, le mot-clic à utiliser est #ForumLogementPDI. Toutes les idées qui nous seront soumises aujourd’hui seront affichées sur le site Web de mon ministère.
Nous en sommes tous conscients, le logement ne se limite pas aux briques et au mortier que l’on peut acheter avec de l’argent. Il s’agit aussi de déterminer le niveau approprié de soutien pour répondre aux besoins d’une personne. Comme vous m’avez sans doute déjà entendu le dire, il n’existe pas de solution uniformisée au problème du logement.

Pour trouver des solutions réelles qui répondent véritablement aux besoins uniques de chaque personne, nous devrons collaborer pour tirer parti de toutes les ressources à notre disposition. Je tiens encore une fois à vous remercier, les personnes présentes ici dans la salle ainsi que les participants aux autres séances, du temps que vous avez soustrait de votre horaire chargé pour contribuer à cet important forum. J’ai hâte d’entendre les idées formidables qui émergeront sans aucun doute des discussions d’aujourd’hui. Merci beaucoup.

Merci, Madame la Ministre Jaczek. J’aimerais maintenant vous présenter l’honorable ministre Chris Ballard qui, comme l’a déjà mentionné la ministre Jaczek, est également le ministre responsable de la Stratégie de réduction de la pauvreté depuis quelques années. Le ministre Ballard a entrepris sa carrière en tant que journaliste. Il a ensuite travaillé de nombreuses années dans le secteur des affaires publiques. Il a œuvré au nom des consommateurs ontariens et il a aussi consacré plusieurs années de sa vie au service d’organismes autochtones du Nord du Canada. Je lui cède maintenant la parole.

Merci beaucoup, Glennie, pour cette présentation, et merci également à la ministre Jaczek. Je suis très heureux d’être ici avec vous aujourd’hui. Je peux vous assurer d’au moins une chose : vous ne trouverez pas de défenseure de vos intérêts plus redoutable et plus passionnée que la ministre Jaczek. Ayez confiance en la parole d’une personne qui a été la cible de certains de ses commentaires.
Cela dit, ces installations sont merveilleuses, fantastiques; n’est-ce pas un endroit formidable? Artscape Sandbox fait du si beau travail, alors, merci de cette invitation qui me permet de m’adresser au groupe rassemblé ici aujourd’hui. Merci aussi aux organisateurs d’avoir réuni ce groupe de personnes de tous les coins de la province : des individus, des familles, des défenseurs du logement, des experts; c’est un véritable plaisir de me joindre à vous.

En tant que ministre du Logement et ministre responsable de la Stratégie de réduction de la pauvreté, j’anticipe avec plaisir notre discussion. Notre défi : trouver des solutions novatrices de logement inclusif pour les adultes ayant une déficience intellectuelle. En qualité de votre gouvernement, et permettez-moi de le répéter, en qualité de votre gouvernement, nous avons le devoir d’améliorer l’accès à des logements stables qui répondent aux besoins de ces personnes, à leurs besoins uniques, quand et là où elles en ont besoin.

J’espère que nos discussions d’aujourd’hui nous aideront à faire des pas de géant afin de nous rapprocher de l’objectif d’en faire une réalité pour tous. Il reste encore beaucoup à faire pour soutenir les personnes ayant une déficience intellectuelle et leur famille, mais nous avons pris des mesures importantes pour contribuer à rendre la vie de tous les jours plus facile pour les personnes et les familles qui ont besoin d’un soutien au logement souple et fiable.

En mars dernier, nous avons mis à jour la Stratégie à long terme de logement abordable de l’Ontario. Cette stratégie nous aide à créer un Ontario où chaque personne a accès à un logement abordable qui convient à ses besoins. Nous savons que c’est la meilleure façon d’offrir aux Ontariennes et aux Ontariens la base nécessaire pour obtenir un emploi, fonder une famille et bâtir de robustes collectivités. Notre stratégie actualisée met l’accent sur l’augmentation de l’offre de logements abordables, sur le soutien des personnes, et de manière peut-être plus ambitieuse, sur l’élimination de l’itinérance chronique d’ici à 2025. Nous savons qu’il n’existe pas d’approche universelle pour offrir des logements qui répondent aux besoins uniques des personnes ni pour prévenir l’itinérance ou pour y mettre fin. Le ministère du Logement finance des logements abordables et des programmes de prévention de l’itinérance qui visent un large éventail d’Ontariennes et d’Ontariens ayant des défis uniques, y compris ceux qui ont des besoins particuliers. Par exemple, nous investissons jusqu’à 100 millions de dollars en financement de fonctionnement pour des allocations de logement et des services de soutien en vue d’aider quelque 4 000 familles et personnes à résider dans de nouveaux logements avec services de soutien au cours des trois prochaines années. Nous soutenons également la construction d’un nombre considérable de nouveaux appartements pourvus de services de soutien, jusqu’à concurrence de 1 500, afin d’offrir un toit aux personnes qui en ont besoin. Toutefois, pour mieux servir les personnes dans le besoin, nous devons nous assurer d’investir aux bons endroits et de la bonne façon. C’est pourquoi nous élaborons un nouveau cadre stratégique du logement doté de services de soutien. Ce sera une excellente ressource pour créer et offrir des logements dotés de services de soutien souples, novateurs et axés sur les gens.

Mon ministère collabore avec le MSSC et le ministère de la Santé et des Soins de longue durée (MSSLD), qui sont responsables des logements dotés de services de soutien. Bien entendu, ils sont tous deux représentés ici aujourd’hui. Cette collaboration nous permettra de mieux coordonner les programmes, les services et les soutiens en vue d’améliorer les résultats pour les personnes et les familles.

En bref, nous collaborons pour transformer le système de logements avec services de soutien de l’Ontario, afin d’en faire un qui soit fondé sur le choix offert aux clients, permettant aux personnes de vivre aussi indépendamment que possible dans leur collectivité. En travaillant ensemble, nous pouvons bâtir des collectivités plus robustes et plus inclusives, et nous pouvons nous assurer de n’oublier personne. Au fil des discussions aujourd’hui, j’anticipe avec plaisir d’entendre vos idées pour y parvenir. Merci.

Merci, Monsieur le Ministre Ballard. Merci à la ministre Jaczek et au ministre Ballard. Nous allons maintenant faire une pause de sept à dix minutes pendant que notre groupe de panélistes s’installe. Si vous souhaitez prendre un autre café ou vous dérouiller les jambes, nous reprendrons la séance peu après 10 h 30. Merci.

Rebienvenue à tous. Lors de la prochaine heure et demie environ, nous aurons l’occasion d’entendre un groupe de panélistes. Ces personnes ont vécu une expérience dans le secteur. Les deux femmes à mes côtés agiront comme animatrices. Barb Simmons est directrice de la Direction des politiques de soutien communautaire au MSSC; Christine Kuepfer est directrice de la Direction de la mise en œuvre des politiques relatives aux programmes au MSSC. J’aimerais également vous présenter notre groupe de panélistes. Marg McLean, deuxième à ma droite, est directrice générale de Community Living St. Mary’s Area. Bonnie Heath est présidente de Scarborough Residential Alternatives et fait partie du Groupe de travail sur le logement; elle est aussi mère de famille. Mike Coxon est président-directeur général de Mills Community Support Corporation. Enfin, Bryan Keshen est président et chef de la direction de Reena. Je vais maintenant céder la parole aux animatrices du groupe de panélistes.

Rebienvenue à tous. Lors de la prochaine heure et demie environ, nous aurons l’occasion d’entendre un groupe de panélistes. Ces personnes ont vécu une expérience dans le secteur. Les deux femmes à mes côtés agiront comme animatrices. Barb Simmons est directrice de la Direction des politiques de soutien communautaire au MSSC; Christine Kuepfer est directrice de la Direction de la mise en œuvre des politiques relatives aux programmes au MSSC. J’aimerais également vous présenter notre groupe de panélistes. Marg McLean, deuxième à ma droite, est directrice générale de Community Living St. Mary’s Area. Bonnie Heath est présidente de Scarborough Residential Alternatives et fait partie du Groupe de travail sur le logement; elle est aussi mère de famille. Mike Coxon est président-directeur général de Mills Community Support Corporation. Enfin, Bryan Keshen est président et chef de la direction de Reena. Je vais maintenant céder la parole aux animatrices du groupe de panélistes.

Nous ne répondrons pas avec nos appareils mobiles; nous allons les consulter et lire en temps réel les courriels entrants. Afin que le tout soit équitable, vous qui êtes présents dans la salle devrez aussi envoyer vos questions aux panélistes par courriel, à l’adresse qui se trouve sur votre table, afin que les chances soient égales pour tous. Avant de lancer la discussion avec nos panélistes, Barb va parler brièvement de la fiche d’information qui fait partie de votre programme.

Cette fiche se trouve sur vos tables. Certains d’entre vous l’ont déjà lue, ils en ont mémorisé le contenu et l’ont intégré à leurs documents d’information. Pour ceux qui ne l’ont pas encore fait, vous trouverez donc sur votre table une petite trousse d’information. À l’intérieur, après la page contenant le programme de la journée, il y a deux ou trois pages de faits ou de renseignements au sujet des services aux personnes ayant une déficience intellectuelle en Ontario. L’une des choses que nous espérons faciliter avec ces renseignements, ce sont les discussions en table ronde afin que nous ayons tous les mêmes renseignements et quelques séries de données communes. Je tiens à mettre en relief quelques éléments pour vous. Aux pages 7 et 8 de votre trousse, vous trouverez des renseignements sur l’état actuel du registre de personnes en attente pour recevoir des services, et parmi les personnes qui ont indiqué avoir besoin de solutions en établissement, celles qui sont actuellement prêtes à en recevoir, ou qui ont accepté d’en recevoir, ou celles qui ont créé des solutions en établissement et y emménagent. Ces renseignements se trouvent donc à la page 7.

À la page 8, vous trouverez une ventilation des offres de service actuelles que le MSSC finance pour aider les personnes que nous soutenons actuellement. Ce sont les deux moitiés d’un portrait du problème et une partie de la solution. Ce que nous recherchons aujourd’hui, bien sûr, ce sont d’autres solutions créatives, en plus de ce que nous faisons, finançons et soutenons déjà. Je tenais juste à souligner ces faits pour vous avant d’entamer la discussion avec nos panélistes, puisque j’estime que cela pourrait être utile à votre réflexion.

Lorsque nous avons demandé aux panélistes de participer à notre forum ce matin, nous leur avons demandé s’ils pourraient commencer par expliquer un peu leur point de vue, leurs expériences avec des adultes ayant une déficience intellectuelle et avec le logement. Nous leur avons dit que nous savions qu’ils sont tous engagés dans des projets particuliers, mais nous voulions qu’ils commencent par une réflexion plus générale sur leur propre expérience. Cette expérience a pu se produire au cours du temps, mais n’est pas forcément leur expérience de l’instant même. Nous allons maintenant demander à chacun des panélistes de commencer par quelques mots d’ouverture, en mettant peut-être l’accent sur leurs succès et leurs défis, les situations qu’ils ont rencontrées en cours de route. Une fois de plus, cela peut reposer sur un projet en particulier ou découler simplement du cumul de leurs années d’expérience. Ce n’est pas que je veuille suggérer qu’ils ont des années d’expérience, mais en fait c’est en plein cela. De toute façon, merci; je pense que nous allons commencer par Bonnie.

Je dirige un groupe appelé Scarborough Residential Alternatives; il s’agit d’un groupe dirigé par des parents. Il n’y a pas de financement ou quoi que ce soit du genre; il s’agit simplement d’un groupe de parents qui se réunit pour essayer de trouver des façons de loger leurs enfants. Nous existons depuis dix ans; nous avons donc pas mal d’expérience en la matière. Il nous a fallu deux ans pour comprendre ce que nous pouvions et ne pouvions pas faire. Nous avons donc approché les gens du Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées (POSPH) et du Ministère, pour en savoir davantage sur ce qui s’appelait alors les services particuliers à domicile, devenus maintenant le programme Passeport. Nous avons pris connaissance de l’ensemble des règles et des règlements à ce sujet. Nous nous sommes dit que nous devions nous conformer à un certain nombre d’entre eux parce que nous avions besoin de l’argent, et que ces services avaient aussi besoin d’argent.

Nous sommes ensuite allés à la recherche de ce qui était offert pour nos enfants auprès d’organismes, privés ou autres. Mais nous n’avons pas tellement aimé ce que nous avons vu. Nous avons donc décidé de tout simplement faire ce que nous voulions par nous-mêmes. Plus précisément, nous avons décidé que ce que nous souhaitions pour nos enfants, c’est la même chose que ce à quoi le reste du monde aspire : simplement louer un logement, acheter une maison, et laisser nos enfants faire ce qu’ils veulent durant le jour. Voilà donc ce que nous avons décidé. Cela peut paraître facile. Toutefois, ce n’est pas tout à fait le cas : il faut trouver du soutien, définir le niveau de soutien nécessaire, et déterminer le soutien dont ils ont besoin et la nature de ce soutien. Tout cela représente un obstacle de taille parce que, dans certains cas, ils ont besoin d’un soutien pécuniaire et tangible; il faut donc de l’argent pour cela. Par la suite, nous avons examiné leurs revenus et analysé de plus près leur budget. Chaque cas est différent puisque certains bénéficient de prestations du POSPH, et profitent également maintenant du financement découlant du programme Passeport. Cela correspond à 479 $ par mois pour le loyer. À Toronto, il n’y a pas grand-chose sur le marché à ce prix. Pour être très pratiques et terre à terre, puisque c’est ce que font les parents, nous avons décidé qu’il leur fallait en quelque sorte des colocataires. C’est pas mal la même chose pour tous les jeunes qui quittent le nid familial et qui doivent avoir des colocataires. Ces colocataires peuvent avoir un handicap. C’est le cas pour certains et pas pour d’autres; tout dépend de la situation et de la façon dont les personnes souhaitent s’arranger entre elles.

En ce qui concerne les obstacles, la pauvreté en est un de taille. C’est en effet difficile de joindre les deux bouts avec très peu d’argent et de payer pour les soutiens dont ils ont besoin. Ils sont légèrement différents de la population en général parce que la population en général n’a pas toujours besoin de payer pour des soutiens. La société est également un obstacle de taille pour nos enfants. En effet, lorsque vous parlez aux gens, vous obtenez souvent la réaction suivante : « oh, ils ont des endroits particuliers, des programmes spéciaux à leur intention et ils devraient aller vivre dans ces endroits particuliers ». Eh bien non, nous ne voulons pas nécessairement aller dans ces endroits particuliers. Il y a aussi les relations avec le gouvernement. En effet, lorsque vous cherchez à obtenir du financement et que vous vous adressez au ministère du Logement, vous commencez par expliquer que la personne a une déficience intellectuelle. On vous répond : « adressez-vous au MSSC, qui prévoit des endroits particuliers pour ces personnes ». La même chose vaut pour les suppléments au loyer et pour l’emploi, de même que pour le devoir de citoyen. Il peut être très difficile pour certains de nos enfants de voter en raison de la façon dont les choses sont organisées. Lorsqu’ils regardent pour qui ils votent, ils voient les leaders; s’ils ne sont pas dans votre circonscription, alors ce ne sont pas les personnes pour qui vous souhaitez voter... il y a donc des complications à ce niveau.

Les familles elles-mêmes sont un obstacle. Nous sommes terriblement effrayées à l’idée de laisser nos enfants partir vivre leur vie, parce que nous ne pouvons pas nous empêcher de songer à tout ce qui pourrait leur arriver. Avant que ma fille ne parte vivre par elle-même, j’avais des craintes de toute sorte – oh, ils vont se faire voler, quelqu’un va entrer chez eux par effraction. Toutefois, le plus gros problème que nous avons eu, c’est une toilette bouchée, éventualité que nous n’avions même pas envisagée. C’est là le risque de la vie; nous prenons tous ce risque et nous devrions tous avoir le droit de le prendre. Bien souvent, les familles se perdent dans les dédales administratifs. Elles vont à un endroit et obtiennent une réponse, puis elles vont ailleurs et elles obtiennent une autre réponse. Elles finissent donc par tourner en rond, sans savoir où aller.

Notre plus grand succès dans tout cela, c’est ce que nous avons appris. Cela peut être plutôt différent de ce à quoi certains d’entre vous pourraient penser comme étant des réussites. En fait, ce qui est le plus important, ce sont les partenariats entre les colocataires eux-mêmes. Nos enfants quittent le nid familial pour se retrouver dans leur propre chez-soi. Vivre en famille est très différent de vivre avec des étrangers. Une famille acceptera certaines choses; elle sera beaucoup plus conciliante que des étrangers. C’est tout un apprentissage de vivre avec d’autres personnes et d’apprendre à faire des compromis, comme l’espace personnel par exemple : tu es trop près ou trop loin de moi ou tu touches à mes affaires. Voilà le genre de problèmes qu’ils rencontrent. Apprendre à vivre par eux-mêmes et à s’occuper de leur domicile, et déterminer les soutiens dont ils ont besoin pour y arriver. Les partenariats entre les familles : toutes ces personnes sont soutenues par des réseaux familiaux; ce sont donc les personnes elles-mêmes qui se débrouillent, avec l’appui de leurs réseaux familiaux. En règle générale, il s’agit de maman et de papa; et dans bien des cas, de maman. C’est tout cela. Les familles doivent aborder la question de l’argent; elles doivent parler de certaines choses pour lesquelles leurs enfants pourraient avoir besoin d’accommodements; elles peuvent avoir à parler de choses gênantes. C’est parfois difficile d’aborder de telles questions. Il y a un autre partenariat important dont nous avons pu bénéficier. Nous sommes en effet très chanceux de vivre à Toronto, car on y trouve un programme appelé Lights qui est parrainé par l’organisme Intégration communautaire. Nous obtenons un financement de Lights. Il s’agit d’un financement d’une durée limitée; la date limite approche. Nous sommes donc à la recherche d’autres fonds. Cela nous a aidés à savoir où nous en sommes aujourd’hui.

En ce qui concerne le groupe initiateur qui a lancé Scarborough Res, nos enfants vivent par eux-mêmes depuis sept ans maintenant. Nous avons donc beaucoup appris durant cette période. Il y a aussi d’autres partenariats, dont celui entre les propriétaires et les locataires; il y a également les prêteurs hypothécaires et, dans certains cas, les fournisseurs de logements sociaux. Il ne faut pas omettre de mentionner le personnel. Il faut trouver des gens qui pensent comme nous, qui sont là pour soutenir les personnes ayant une déficience intellectuelle, qui sont embauchés et congédiés par ces personnes. Le plus grand obstacle que nous rencontrons avec le personnel, c’est que ces gens se présentent en disant « je suis ton ami ». En fait, à ce stade, les personnes ayant une déficience intellectuelle leur répondent « non, tu n’es pas mon ami; tu es mon employé et j’ai besoin de ton soutien ». C’est plutôt amusant de voir leur expression à ce moment-là, lorsqu’ils entendent les personnes ayant une déficience intellectuelle leur dire cela. Cela ne signifie pas que les personnes ayant une déficience intellectuelle ne respectent pas leur personnel. Elles peuvent très bien avoir de bonnes relations avec leur personnel; toutefois, ce ne sont pas des relations d’amitié puisque, au bout du compte, si elles cessent de payer les gens qui les aident, ces personnes les quitteront. Trouver du personnel et lui offrir de la formation continue, je crois que c’est un obstacle considérable à contourner pour les familles.

Le summum, c’est de voir ma fille radieuse au moment où elle est partie de chez moi, où je me suis occupée d’elle jusqu’à ce qu’elle devienne la femme qu’elle est aujourd’hui. Elle peut prendre ses propres décisions, elle m’a téléphoné à un certain moment alors que l’agente d’aide ne m’avait pas appelée récemment; ça lui a pris une éternité pour me téléphoner, et c’est ma fille elle-même qui m’a appelée quand l’agente d’aide ne s’est pas présentée. Je lui ai dit : « Oh, wow! Qu’est-ce qui se passe? » C’était une conversation de ce genre-là. Mais le potentiel de ces enfants demeurera inexploité jusqu’à ce que nous apprenions à lâcher prise afin de leur permettre de s’épanouir.

Bonjour, tout le monde. Je suis contente d’être ici et je vous remercie donc de votre présence. C’est agréable aussi de rencontrer Bonnie, car je vois son nom sur Facebook dans le forum sur le logement pour les personnes ayant une déficience intellectuelle. C’est donc vraiment bien de pouvoir écouter ce que vous avez à dire au sujet de votre projet et de votre fille, et tout le reste. Je m’appelle Marg McLean; je travaille et je vis à St. Marys. Beaucoup de gens ne savent pas où se trouve St. Marys : c’est entre Stratford et London. C’est une petite ville d’environ 7 000 habitants. Alors que je parlais à quelqu’un plus tôt aujourd’hui, cette personne m’a dit que cela équivaut peut-être au nombre de personnes qui se trouvent dans un seul immeuble ici à Toronto. Je concède que nous sommes une petite collectivité, mais je crois que certaines des choses que nous avons apprises à St. Marys sont transposables dans de plus grands centres. Je crois en effet que nous vivons tous dans des quartiers et qu’essentiellement, St. Marys est un grand quartier, et qu’à la ville ou dans les plus grands centres, vous considérez peut-être qu’un immeuble, c’est un quartier, ou quelque chose du genre.

Je suis heureuse de pouvoir profiter de cette occasion, car il y a longtemps que nous œuvrons dans le domaine du logement. Au début des années 1980, Community Living St. Marys a mis sur pied une société de logement distincte pour soutenir les gens qui partent de chez eux pour aller en établissement. Un des premiers immeubles que nous avons achetés, et je vais juste vous raconter une petite histoire à ce sujet – un des premiers immeubles que nous avons achetés par l’entremise de cette société de logement était un sixplex; il était probablement situé dans la partie la plus recherchée de St. Marys, à côté des petites chutes, un endroit tout à fait charmant.

À l’époque où l’immeuble a été acheté, les gens qui y vivaient se sont vus offrir la possibilité de l’acheter et de l’exploiter, un peu comme une coopérative ou des condominiums, ou de la façon qu’ils le voudraient. Toutefois, ils n’ont pas saisi cette occasion. C’est donc notre société de logement qui l’a acheté et qui a soutenu des gens pour qu’ils puissent y habiter. Les six logements étaient occupés par des gens soutenus par l’association. Nous avons appris au fil des ans que même si les gens avaient leur propre logement, lors des premières années, le personnel s’occupait de tout l’immeuble, mais pas vraiment des gens. Nous avons changé notre façon de faire et notre approche est plus individualisée, de sorte que nous nous occupons des gens plutôt que d’un immeuble. Maintenant, trois des six logements sont occupés par des gens qui recourent aux services de l’association. Les trois autres logements – et à un certain moment, il y en aura quatre – sont loués à d’autres personnes; celles-ci ont besoin d’un bon logement et elles ont les moyens de payer leur loyer. Il n’y a pas vraiment beaucoup de restrictions. Néanmoins, deux des logements sont occupés par des gens qui fournissent un service de surveillance la nuit, depuis 20 ans dans le cas de l’une de ces personnes, et depuis 12 ans dans le cas de l’autre.

En ce qui concerne les autres logements qui sont loués à ce stade-ci, nous avons fait un échange, car je pense que ce n’est pas toujours une bonne idée qu’un fournisseur de services soit le propriétaire. Je crois en effet qu’il y a un conflit d’intérêts inhérent à une telle situation. Lorsque l’on est propriétaire, il faut s’assurer, entre autres, de bien entretenir l’immeuble, c’est-à-dire tondre la pelouse et enlever la neige. En ce qui concerne le dernier logement – le troisième, qui est loué à ce stade-ci, il y a eu une petite réduction de loyer. Donc, de fait, nous allons tondre le gazon et enlever la neige. Je le mentionne parce que je crois que les efforts que nous avons déployés durant les années 1980, c’était dans le but de trouver des appartements abordables et accessibles où des gens pouvaient vivre. Ce dont on ne s’est pas vraiment rendu compte, c’est que l’inclusion, ça ne fonctionne pas très bien lorsque toutes les personnes qui vivent dans un immeuble ont besoin de soutien, même s’il s’agit d’un petit immeuble. Je suppose que l’un des sujets les plus importants dont nous parlerons est la nécessité d’avoir plusieurs options de logement – plusieurs endroits que les gens peuvent considérer comme leur maison, et aussi le fait qu’il faut être vraiment conscient de la perception qu’a la collectivité d’immeubles qui sont considérés comme différents de ce que l’on retrouve ailleurs dans le voisinage. Pour ce qui est de réunir des gens et de les séparer de la collectivité, nous ne le faisons pas et cela ne nous intéresse pas. Nous voulons soutenir les quartiers ainsi que la collectivité afin d’intervenir auprès de tous ses membres.

Je voulais juste aussi mentionner deux petites choses qui sont survenues au fil des ans. Les premières années, nous avons mis sur pied la société de logement distincte. À ce stade-ci, 12 logements appartiennent à cette société de logement. Sept de ces logements sont occupés par des gens qui utilisent des services; les cinq autres sont occupés par des gens qui ne recourent pas à ces services. Je crois que c’est une bonne façon de faire les choses. Au fil des ans, nous avons collaboré avec beaucoup de partenaires différents. Selon moi, il est très important de créer des partenariats quand on parle de logement et de régler des choses pour des gens. Il y a un monsieur qui s’appelle Jim Henry qui a apporté un soutien très actif pendant longtemps à beaucoup de gens qui voulaient louer un logement assorti d’une « option d’achat ». Des gens qui ont des liquidités, mais qui ne sont pas en mesure de faire le paiement initial. Une personne que nous soutenons vit maintenant depuis 10 ans dans la maison qu’elle a achetée avec l’aide de Jim et d’un investisseur privé, qui lui a aussi fourni de l’aide pour qu’elle obtienne une subvention de notre organisme responsable du logement à l’échelon local afin de pouvoir profiter des services d’un aide familial résident. Il y a des façons vraiment uniques de faire les choses et cela a duré 10 ans dans le cas de cette personne. Cette approche s’est révélée très efficace parce qu’il s’agit d’une femme qui a besoin d’un logement sécuritaire et de certains aménagements physiques, et ce n’est guère facile pour elle de trouver un autre endroit où vivre. Elle s’appuie aussi sur POSPH lequel – évidemment... nous avons parlé un peu de la pauvreté – est très important.

Au fil des ans, nous (en fait, l’organisme Community Living) avons été l’un des intervenants qui a aidé à mettre sur pied deux coopératives de logement à St. Marys. Ces coopératives sont plus ou moins situées aux deux extrémités de la ville, je suppose. L’une se compose de maisons en rangée; lors des deux dernières années, les logements ont été occupés par des gens soutenus par Community Living. L’un des voisins qui habitaient juste deux portes plus loin a apporté un soutien à la surveillance de nuit, encore une fois à l’aide d’un moniteur audio.

Beaucoup d’autres choses utiles ont été accomplies pour ces deux personnes lorsqu’elles vivaient à cet endroit. L’autre coopérative de logement est en fait un immeuble résidentiel. Une femme vit encore là et reçoit du soutien de la part de l’association, mais elle peut aussi compter sur une personne qui lui fournit l’aide dont elle a besoin plutôt que de faire appel au personnel. Cette femme interagit beaucoup avec ses voisins dans l’immeuble, et elle y vit depuis probablement 15 ou 20 ans, je ne suis pas vraiment sûre; probablement 15 ans, peu importe. Cela a été une bonne relation au fil du temps.

Nous avons aussi coopéré avec notre organisme responsable du logement au niveau local. Ainsi, la ville de St. Marys achète nos services sociaux par l’entremise de la ville de Stratford; cela signifie donc qu’il y a divers intervenants et aussi de plus gros intervenants qui agissent pour le compte de notre région. Ils nous ont beaucoup aidés au fil des ans, y compris en faisant certaines choses comme louer des maisons individuelles, ce qui s’est révélé vraiment intéressant pour les gens, car cela leur donne la marge de manœuvre nécessaire pour vivre à un endroit et faire déplacer la maison s’ils veulent aller vivre ailleurs. C’est un peu comme lorsque des gens partagent une maison. Si vous souffrez d’une incapacité et que vous partagez une maison avec une autre personne invalide, c’est presque comme si vous deviez être marié, ou divorcé, pour sortir de là. Selon moi, il est important de s’assurer que les gens peuvent déménager quand ils le veulent, où ils le veulent et avec qui ils le veulent; évidemment, c’est une question majeure. L’organisme responsable du logement a apporté une aide précieuse dans le cas des maisons individuelles.

J’aimerais mentionner une autre initiative, quoique plus récente; je crois que cela a commencé il y a environ un an. Il y avait un triplex et c’était une relation entre l’organisme responsable du logement et un promoteur immobilier de St. Marys et de Community Living. Nous avons travaillé ensemble pour rénover un vieil immeuble de bureaux et le transformer en un triplex; cela a vraiment été un beau projet.

Nous avons beaucoup appris au fil du temps. Je vous dirai que j’aurais dû être plus attentive aux détails, ça, c’est certain, alors que nous tentions de convertir l’un des logements en logement sans obstacle et les deux autres en logements accessibles, mais pas complètement sans obstacle. Ce fut une bonne relation avec le promoteur immobilier étant donné qu’il souhaitait s’assurer qu’il y ait des logements pour tout le monde. Dans le domaine du logement et en ce qui concerne les gens que nous soutenons, les relations que nous établissons sont probablement la chose la plus importante, selon moi.

Il faut trouver du temps pour avoir de bonnes conversations avec les gens afin, en fait, de pouvoir acquérir une vision des choses ou comprendre la vision de ces gens, ou leur philosophie ou leurs valeurs en ce qui concerne le logement, parce qu’il y aura inévitablement des problèmes et des désaccords. Si vous avez cette relation de base, vous pouvez régler tous ces problèmes et toutes ces choses. Quoi qu’il en soit, le triplex s’est révélé une affaire plutôt bonne; le logement du haut ne comporte pas d’obstacles et la personne qui l’occupe en permanence est soutenue par Community Living. Un autre jeune homme qui habitait auparavant chez lui vit à cet endroit la fin de semaine et cette entente fonctionne entre eux. Un des logements plus petits est occupé par une personne qui répond aux exigences imposées par la société de logement en matière de revenu, mais qui fournit aussi un soutien la nuit et beaucoup d’autres petites choses. L’autre logement est occupé par quelqu’un qui est... vous voulez que j’arrête.

Merci, Marg, je voudrais juste, excusez-moi, je voudrais juste donner la parole aux deux autres intervenants. Nous allons enchaîner, car l’une des choses qui est géniale en ce concerne ce que vous faites à St. Marys, c’est la variété de partenariats et de solutions personnalisés que vous avez mis au point. Nous allons donc en parler au fil de nos discussions.

Je m’appelle Mike et je vais parler de certains sujets qui différeront probablement de ceux abordés par mes collègues ici. Je vais m’exprimer du point de vue du secteur du logement. Nous sommes un organisme multiservices. Nous avons un portefeuille d’environ 225 000 logements répartis entre des personnes âgées, des familles et des personnes ayant une déficience intellectuelle à qui nous offrons certaines autres formes de soutien. Premièrement, je vais parler du point de vue de mon organisme. Je reviendrai en arrière par la suite et je parlerai de ma carrière dans le domaine des services aux personnes ayant une déficience intellectuelle, notamment les services offerts dans des coopératives au sein de communes. Je vais parler un peu de cela, un peu aussi de questions d’autres ordres probablement, mais on verra comment ça ira.

Historiquement, lorsque nous avons travaillé dans ce domaine pour construire des logements et coopéré aux fins de la réalisation de projets d’habitation qui ne relevaient pas du MSSC, il fallait, pour mettre ces processus en œuvre, engager un consultant en développement et aller à tel ou tel autre ministère du gouvernement pour remplir un formulaire; pour l’essentiel, c’était une opération clé en main. Nous avons entre autres tenté de créer un logement intégré. À cette fin, nous avons dû collaborer beaucoup plus avec des municipalités, et pour ma part, je vis et je travaille dans une municipalité juste à l’ouest d’Ottawa, dans le comté de Lanark. Il est franchement agréable de coopérer avec les conseils de petites municipalités. Même si les municipalités sont censées établir des plans pour le logement et les sans-abri, leurs représentants sont habituellement très discrets quand il est question de logements avec services de soutien. Un conseil : si vous voulez défendre un projet de ce genre, parlez-en, car vous aurez beaucoup de travail à accomplir avant de créer des logements avec services de soutien; il est assez facile de promouvoir des logements pour personnes âgées, car il s’agit d’une population passablement aisée qui tend à faire connaître ses positions.

Quoi qu’il en soit, voici deux réflexions tirées de nos expériences. Nous sommes arrivés à mi-chemin dans la réalisation d’un projet de 40 logements pour personnes âgées à Carleton Place. Étant donné que notre organisation fournit aussi du soutien aux personnes ayant une déficience intellectuelle et aux personnes âgées, il y a aura des personnes âgées ayant une déficience intellectuelle dans cet immeuble. Voilà le lien avec ce groupe.

Pour ce qui est du processus d’apprentissage, la construction de logements est une affaire très préoccupante pour les travailleurs sociaux, car les promoteurs immobiliers sont essentiellement intéressés par le profit, alors que les conseils municipaux veulent élargir l’assise économique et résidentielle de leurs collectivités. Vous devez être... vous devez présenter vos arguments en tenant compte de ce que j’appellerais trois points fondamentaux. Je crois que la chose que l’on oublie souvent en ce qui concerne notre travail, c’est que chaque fois que l’on construit des logements, et cela s’applique sûrement dans le cas de l’argent qui a été débloqué en ce moment pour des infrastructures de logements, il est extrêmement important d’élaborer une conception respectueuse de l’environnement. De fait, pourquoi un organisme de services d’aide ne voudrait-il pas contribuer sur le plan social, croître d’un point de vue économique et assurer la durabilité de l’environnement. Pourquoi ne le voudriez-vous pas vous-même? Mais nous ne voyons pas nos missions de cette façon-là. Cela est utile à un groupe de personnes dans une certaine mesure. Il s’agit des gens que nous connaissons et dont nous voulons nous occuper, mais en réalité, cela est le deuxième point dont je vais parler. Quand on travaille en partenariat et qu’on essaie de construire des logements, on doit répondre à des questions telles que les suivantes : votre collectivité favorise-t-elle un plan de développement de type 8-80? Les logements accueilleront-ils tous les groupes de la population, ou certains groupes seront-ils séparés selon le revenu ou l’origine ethnique (ce que vous ne pouvez pas faire officiellement, mais ça arrive), ou l’âge? Vous devez être attentif à ce genre de chose. Toutefois, en pratique, la plupart d’entre nous dans cette salle avons travaillé auprès de personnes ayant une déficience intellectuelle. En conséquence, nous avons beaucoup d’expérience en matière de défense des droits et des intérêts.

Nous avons beau parler de partenariats; nous voulons vraiment obtenir des choses précises pour certaines personnes; les gens le savent très bien. J’ai donc dû apprendre, entre autres, à mettre la pédale douce quand je défends la population que je veux aider, et à essayer plutôt de trouver un terrain d’entente, soit des logements abordables, décents et intergénérationnels, afin de mieux soutenir la collectivité. Évidemment, intellectuellement parlant, cela est assez facile à dire. Il est passablement difficile de défendre des intérêts dans plusieurs de ces cas; souvent, je pense qu’il faut agir comme je viens de le dire.

Par ailleurs, en ce qui concerne la construction – je parle de construction, pas de verser une somme dérisoire à quelqu’un pour qu’il vous construise quelques logements –, si vous êtes vraiment engagé dans le développement communautaire, le problème, c’est que vous ne savez pas quelles sont les choses que vous ignorez. Les gens du secteur du développement et les gens qui sont élus pour servir le public participent à beaucoup de choses que nous ne connaissons pas, qui ne relèvent pas de notre travail concret. Nous devons être assez vigilants à cet égard, car dans le domaine des services de sociaux, nous prenons part à un jeu où certains intervenants trichent et où il se passe des choses passablement louches. De fait, j’ai dû m’extirper de deux situations concernant le maire d’une municipalité qui militait en faveur de la création d’un partenariat avec un certain promoteur immobilier, parce que des gens nous ont dit que les valeurs et l’éthique de cette personne et sa façon de négocier avec les autres n’étaient pas acceptables. Cela constitue un point de vue différent sur ce que nous faisons.

En ce qui a trait aux coopératives, Marg a mentionné que le logement dans une coopérative est un type de logement pour lequel un soutien considérable est offert. J’ai tendance à être d’accord avec cela. J’ai collaboré avec une coopérative de logement où l’on accomplit un travail formidable quand vient le moment de soutenir les membres de la collectivité qui ont une déficience intellectuelle. Je ne parlerai pas de cela, mais j’aimerais faire quelques observations tirées de mon expérience en tant que membre d’un conseil de coopérative. Ma femme agit comme prêtre anglican à cet endroit; l’église que nous fréquentons possède une terre. Cette terre a été prêtée à une coopérative et je me suis joint au conseil parce que j’avais des connaissances en matière de logement. Ainsi, allez savoir pourquoi, j’ai débarqué à cet endroit. L’une des leçons que j’ai tirées de cette expérience et de ma propre expérience comme fournisseur de services faisant des affaires avec des coopératives, c’est que ce secteur est vraiment très désorganisé. Lorsque des groupes communautaires travaillent ensemble, les réunions des conseils de coopératives sont parfois un véritable cirque, et il faut être prêt à gérer cela. Plusieurs des coopératives que je connais, et s’il y a des gens de la fondation des coopératives dans la salle, je suis sûr qu’ils seraient d’accord, plusieurs coopératives souffrent d’un manque de viabilité sur le plan économique et ont relativement peu de membres. Comme vous le savez, la théorie veut que tout le monde contribue; toutefois, cela ne se passe jamais vraiment de cette façon-là : beaucoup de gens ne reçoivent pas le soutien dont ils auraient besoin pour participer. Le modèle de la coopérative est intéressant, mais il soulève des problèmes. L’une des choses que j’ai constatées en tant que personne provenant d’une agence est la suivante : si vous êtes prêt à donner plus que vous recevez, si vous ne voyez pas les coopératives comme une source de revenus locatifs et si vous êtes prêt à soutenir la collectivité, votre organisme pourra mettre certains atouts institutionnels au profit des coopératives.

Vous vous trouverez alors à contribuer au processus de développement de votre collectivité ou de votre quartier. Le fait de vous associer à des gens qui sont marginalisés vous donnera de la crédibilité aux yeux des autres et sur le plan personnel. Vous soutenez non seulement la personne, mais également, la coopérative elle-même, si tant est que cela ait quelque sens que ce soit à vos yeux. Ce n’est pas comme un appareil qu’il vous suffit de brancher. Or, l’on a tendance à voir le modèle des coopératives comme quelque chose de merveilleux qui soutient les collectivités. Il s’agit plutôt d’un acte de jonglerie, ainsi que je vais l’expliquer. Les coopératives demandent beaucoup de travail et de soutien. En tant qu’intermédiaire, il ne faut pas que vous pensiez qu’établir un partenariat officiel avec la coopérative suffira; c’est beaucoup plus compliqué que cela. Il faut vraiment y prendre part à fond, ce qui m’amène à ma troisième expérience.

J’ai été pendant quelques années le directeur général de Communautés Camphill Ontario. J’aimerais souligner que Camphill a été créée avant L’Arche (pour les gens qui connaissent L’Arche). Camphill a été fondée à la fin des années 1930 en Angleterre en tant que commune destinée à soutenir les enfants de certaines personnes plutôt aisées à London, afin de les sortir de cette ville pendant la guerre; je parle d’enfants qui avaient une déficience intellectuelle. Il y a une centaine de communes Camphill dans le monde. Nous n’avons pas le temps de décrire cet organisme dans le détail, mais comme la plupart d’entre vous le savent, dans les années 60 et 70, la vie en commune était une grosse affaire et Camphill a certainement pris de l’expansion à ce moment. Les relations que les gens entretiennent traditionnellement dans une commune Camphill s’articulent autour de deux groupes de gens : il y a les collègues de travail qui parlent de leurs expériences de vie, et les compagnons, c’est-à-dire les personnes ayant une déficience intellectuelle. Le but est vraiment de vivre en communauté.

Or, quelque chose s’est passé dans les années 90 et au début des années 2000, et les choses ont commencé à dérailler. Bon nombre de ces hippies sont en train de devenir vieux; ils n’ont pas d’actifs et ils ont eux-mêmes besoin de soutien. Certaines communes Camphill, particulièrement ici au Canada et d’autres en Grande-Bretagne ont fait appel au gouvernement et ont reçu de l’argent, ce qui, à leurs yeux, était une chose diabolique puisqu’elle créait des attentes envers elles. Les communes se sont présentées comme des organismes axés sur le partage. Le gouvernement a compris qu’il s’agissait de foyers pour des familles. De vrais problèmes sont survenus, les deux camps n’étant vraiment pas sur la même longueur d’onde.

La façon dont ça se dessine à Camphill Ontario, c’est une sorte de formule hybride où l’on est en train de passer d’un modèle communautaire axé sur le partage à un organisme de services; c’est réellement intéressant à observer. Je crois que cet organisme a quelque chose à offrir aux personnes qui ont de la difficulté à trouver un endroit où elles peuvent travailler auprès des autres, particulièrement auprès de gens ayant des besoins difficiles à combler. Selon moi, c’est un modèle que l’on doit examiner. Ce que nous voyons, question de revenir à notre époque afin que je puisse céder la parole à Bryan, ce que nous voyons au sein de notre propre organisation dans le comté de Lanark, c’est que deux ou trois groupes de gens nous ont approchés parce qu’ils veulent créer des « habitations communautaires ». Essentiellement, les gens mettent leurs avoirs et leur énergie en commun dans le but de créer des espaces de vie pour eux-mêmes au fur et à mesure qu’ils vieillissent. Je veux dire, habituellement, nous travaillons auprès de personnes plus âgées; il est extrêmement facile de les amener à travailler avec des gens souffrant d’une incapacité, pourvu qu’ils aient quelque chose à offrir. Deux choses, ici : les gens doivent avoir quelque chose à offrir lorsqu’ils travaillent dans ce genre de milieu. Pour cette raison, nous devons, en tant qu’organisation, les soutenir de diverses façons pour qu’ils puissent participer à ce processus. En ce qui concerne les familles, de nombreuses familles que j’ai connues durant ma carrière dans le domaine des services aux personnes ayant une déficience intellectuelle voulaient faire une contribution. Habituellement, les organismes sont réticents à accepter qu’on leur offre des logements et d’autres choses, mais ils sont disposés à investir de l’énergie et des actifs financiers dans le processus. Cela représente un formidable pas en avant pour les gens qui veulent créer des habitations communautaires, et ces organismes sont prêts à soutenir ces gens au fur et à mesure qu’ils vieilliront. Chacune de ces choses, la participation au processus de création de logements dans votre collectivité, les coopératives, qui, selon moi, ont grandement besoin d’être revitalisées, et les communes et les habitations communautaires sont des modèles qui sortent pas mal des sentiers battus au regard du mode de gestion que nous avons traditionnellement appliqué dans le domaine des services aux personnes ayant une déficience intellectuelle. À vous, Bryan.

Premièrement, c’est formidable de voir que deux ministres ont uni leurs efforts pour concevoir cette initiative. Voilà ce que j’appelle joindre le geste à la parole et instaurer une véritable coopération interministérielle. C’est vraiment extraordinaire ce qui se passe. Je pense que le MSSLD participe à ce projet bien que le ministre ne soit pas ici. C’est franchement dommage, car j’aurais bien aimé discuter avec lui d’une approche intégrée.

Mon expérience concrète est très différente. Je suis le directeur général de deuxième génération de Reena. Ma maman était la directrice fondatrice; ainsi, quand j’étais enfant, je devais entre autres, en tant que bénévole désigné, aller frapper aux portes pour promouvoir des projets de logements dans le quartier. Les lois et règlements municipaux étaient restrictifs et les voisins étaient si puissants qu’il était difficile de s’implanter dans des quartiers. Mon travail consistait donc à trouver une façon d’aller frapper aux portes et de parler aux gens pour dissiper leurs craintes aux premiers stades de l’institutionnalisation.

Utiliser ma chambre comme espace pour dormir et manger fait également partie de mon expérience de vie. Si je partais, cette chambre était utilisée par quelqu’un d’autre. Il est intéressant de noter qu’une fois, alors que j’étudiais à l’université, je suis revenu à la maison et mes meubles avaient disparu. J’ai récemment retrouvé deux pièces de mobilier dans l’une des maisons. Je n’ai pas demandé qu’on me les remette et l’expérience que j’ai vécue à cet égard est donc assez différente, mais on me disait aussi d’accomplir plusieurs tâches au sein de Reena. Pour ceux qui savent ce qu’est un Gesner, j’étais un garçon Gesner; les mercredis soirs, je m’occupais de toute l’impression. Pour ceux qui ne le savent pas, faites une recherche.

Des expériences concrètes, j’en vis tous les jours, ayant participé toute ma vie au démarrage d’un organisme qui était passionnément animé par des familles et leur désir de satisfaire les besoins de leurs enfants et de garder les gens dans la collectivité. Cela s’appuyait sur les valeurs, la foi et la culture juives. Il s’agit vraiment d’un aspect important de ce que Reena accomplit, et cela fait aussi partie, je crois, de la vie des gens. Les gens devraient faire l’expérience des choses auxquelles ils croient à l’endroit où ils vivent. Ma propre expérience m’a aussi permis de décrocher un poste vraiment intéressant chez Reena; nous avons un camp et j’étais l’adjoint du cuisinier. C’est le seul emploi que j’ai eu chez Reena. À la fin de la journée, les chaudrons étaient propres, tout le travail avait été accompli et je pouvais me coucher la tête en paix. Mais depuis, j’ai tout le temps des appréhensions et je dors mal la nuit à cause de toutes ces choses que nous essayons d’accomplir.

Qu’est-ce que l’organisme Reena est devenu depuis sa fondation, il y a plus de 43 ans? Aujourd’hui, Reena offre un éventail de services et de mécanismes de soutien pour des personnes qui vivent dans différents milieux. Il y a deux maisons pour enfants. Aucun n’enfant n’y vit, mais elles sont encore financées par le MSSC. Les résidents reçoivent une indemnité journalière, même s’ils ne fréquentent pas l’école. Qui va absorber les coûts? Nous allons résoudre ce problème, mais c’est un obstacle.

Nous comptons trois résidences pour les aînés. Notre population vieillit et nous n’avons pas réfléchi aux changements démographiques et aux besoins qui en découlent. L’utilisation des services de soins de longue durée pour déménager les gens n’est pas une bonne stratégie pour les personnes qui habitent dans leur propre maison. Ça peut fonctionner, cela peut être approprié pour ceux qui en ont besoin, mais il doit s’agir du recours ultime, et non de la première solution.

Aujourd’hui, Reena administre des résidences pour les personnes âgées. Nous comptons 26 installations de vie en groupe selon différentes modalités. Les résidents sont généralement des personnes qui exigent un soutien de niveau modéré à élevé. Nous offrons aussi des services à 154 personnes qui vivent dans des appartements individuels dans 25 immeubles situés partout en ville. Ces installations n’ont pas toutes donné lieu à d’excellentes expériences. Les personnes qui vivent dans des logements communautaires sont souvent stigmatisées et souffrent d’isolement si on ne met pas au point une stratégie pour construire des réseaux sociaux. Dans une ville comme Toronto, où les prix des logements sont élevés, ces aspects constituent de réels défis.

En 2012, nous avons finalement mis sur pied une communauté intentionnelle, un projet résidentiel comptant 60 logements, auquel se sont associés des partenaires de la santé, des regroupements de personnes âgées, des personnes issues de la collectivité et nos propres services. Nous avons mis sur pied trois sociétés chapeautées par Reena. Nous avons créé cette structure il y a longtemps, mais cela mérite d’être mentionné. Donc, nous comptons trois sociétés : Reena, l’entreprise de services, la société d’habitation Batay Housing Corporation ainsi que la Reena Foundation, notre entité de collecte de fonds.

Ces trois entreprises forment un ensemble très puissant, car la société de collecte de fonds recueille des capitaux et mène des activités de financement novatrices, ce qui nous permet de réaliser des programmes qui ne sont pas financés par le gouvernement. La société d’habitation gère les propriétés dont les titres ne sont pas détenus par le ministère et, collectivement, nous allons de l’avant et pouvons réaliser les choses différemment, parce que nous possédons ces actifs. De plus, nous sommes totalement intégrés dans la communauté. L’engagement communautaire de nos entreprises nous donne la capacité et les compétences pour créer des partenariats. Le projet d’habitation que nous avons mis sur pied est situé sur les terres d’un campus communautaire juif. Les gens qui résident dans nos habitations ne sont pas nécessairement de confession juive, mais le campus appartient à la communauté juive. Nous avons pu nous établir à cet endroit en raison des liens que nous avions tissés avec la collectivité. Nous constatons que les responsables des lieux de culte et d’autres types d’emplacements sont de plus en plus ouverts à des propositions de partenariat. Ces projets représentent pour eux une énorme valeur, parce que le développement communautaire fait partie de leurs raisons d’être.

Si nous examinons les données et ce que nous avons sous les yeux, je crois que ce qui m’impressionne le plus est le fait qu’on dénombre 89 000 adultes présentant des difficultés d’apprentissage. Le nombre exact est peut-être 79 000; peu importe, il s’agit d’un nombre colossal. D’accord, disons 72 000. Parmi eux, 18 000 individus vivent selon l’un des modèles exposés ici. Où sont donc tous les autres? Ils vivent à domicile dans leur famille. Il vaut la peine que nous prenions quelques instants pour penser aux familles et au type de travail qu’elles exercent. Leurs efforts doivent être soulignés. En d’autres mots, il s’agit du principal type d’hébergement, du plus grand bassin de ressources d’hébergement qui existe. Que faisons-nous pour permettre que ce type d’hébergement soit fonctionnel? Quel soutien offrons-nous à ce type d’hébergement pour nous assurer qu’il soit le meilleur possible? Nous devons réfléchir à ces aspects. De toute évidence, bon nombre de ces personnes se trouvent dans des hôpitaux, des centres d’hébergement de longue durée ou dans d’autres cadres d’hébergement plus ou moins adaptés. Il faut appliquer une stratégie complexe pour déplacer quelqu’un de ce type d’installations, où les résidents profitent de services médicaux 24 heures par jour, sept jours par semaine. Les parents ont l’impression que leur enfant y est en sécurité, que l’on veille sur lui. Je travaille auprès d’un homme de 38 ans, je crois, qui vit dans un centre de soins de longue durée; ses parents refusent qu’on le change de centre. Ils aiment beaucoup tous les services qui sont fournis à leur fils à cet endroit. Ils ne veulent pas qu’on le retire de sa communauté actuelle, car cela présente des risques.

J’ai vécu une expérience quand j’avais 21 ans. Je m’étais porté volontaire pour faire un quart de nuit. À mon arrivée, l’employé de nuit qui était présent m’a remis un sac de médicaments; une fois ce sac remis, il est parti. Je connaissais toutes les personnes qui résidaient à cet endroit et j’avais de l’expérience avec eux; toutefois, je ne connaissais pas la culture de prestation de soins et je n’étais pas formé. Je n’avais reçu aucune formation. Je pense que j’avais suivi un cours de réanimation cardiopulmonaire (RCR) pendant mon cours de Médaille de bronze, mais c’était tout. On venait de me désigner responsable de la résidence et des trois personnes qui y habitaient. Cela a été formidable sous certains aspects; j’ai pris conscience et fait l’expérience de ce qui survient réellement dans nos centres d’hébergement. Nous avons un tas de restrictions, d’assurances, de mesures qui rendent la gestion de ces résidences très complexe. Je dis cela à mon personnel, et les gens me répondent : « Quoi? Comment quelqu’un a-t-il pu autoriser cela? »

En recourant à des professionnels, nous excluons aussi des personnes qui ont des aptitudes. Nous avons de la difficulté à recruter des bénévoles pour le soutien en raison de la formation que nous devons leur donner et des restrictions sévères qu’ils doivent observer. Il y a énormément d’obstacles à l’engagement communautaire.

Voilà quelques expériences vécues. Aujourd’hui, mon objectif et celui de notre groupe sont de mettre au point des options de remplacement. Nous participons à un ensemble de projets. L’un d’eux concerne la construction d’un centre de soins pour six personnes présentant des besoins de soutien considérables. Le centre comportera des logements individuels et des aires communes. Ce processus est très complexe. Nous nous butons encore à des obstacles créés par la municipalité et par l’attitude « pas dans ma cour ». Nous avons pleinement le droit de construire ce centre dans le voisinage choisi, mais le conseiller municipal n’en veut pas.
Nous tentons aussi d’élaborer une stratégie provinciale relative aux communautés intentionnelles. Nous essayons ainsi de reproduire l’expérience vécue lors de la construction sur le campus, pour laquelle nous avons travaillé en partenariat avec les autorités de la santé, la Marche des dix sous et un organisme pour les aînés. Nous croyons que ce type de communautés intégrées peut avoir des retombées considérables. Nous pensons également que nous devons construire de grands complexes, plutôt que des installations ponctuelles, étant donné l’ampleur des besoins à combler. Nous devons examiner tout un éventail de solutions, mais nous allons de l’avant avec la mise sur pied de ce consortium communautaire.

Nous comptons maintenant 12 organismes, qui ne font pas tous partie du secteur des services aux personnes ayant une déficience intellectuelle, en nous efforçant de développer des modèles semblables à celui créé dans leurs communautés respectives. Les municipalités sont des obstacles, tout comme les processus de demande d’autorisation. Un peu plus tôt, nous discutions du problème rencontré à Toronto, où trois personnes qui ne font pas partie de la même famille ne peuvent pas obtenir un logement abordable comptant trois chambres. À notre avis, c’est pourtant le meilleur modèle de soutien sur le plan de l’efficacité. Il s’agit peut-être même de celui qui offre la meilleure qualité de vie à trois personnes souhaitant vivre ensemble. Malheureusement, cela ne fonctionne tout simplement pas : il est impossible d’obtenir ce type de logements. On a accumulé beaucoup d’expérience sur les comportements. Tout ce que l’on entend sur le développement et les agents de développement est vrai. La nature des relations est complexe. Il y a d’autres gens du secteur de la construction qui prennent plaisir à détruire ce que nous faisons. Ils ont des façons très créatives de faire les choses et d’utiliser les ressources. Nous en discuterons plus en détail plus tard.

Je ne veux pas vous interrompre, mais nous commençons à recevoir de nombreuses questions. Nous avons interpelé plusieurs personnes qui nous regardent, et c’est une très bonne chose. Notre auditoire en ligne compte environ 130 personnes, en plus de nos forums régionaux; c’est formidable. Je vais vous poser une première question. En fait, j’ai deux questions à poser et je vais en intervertir l’ordre.

Nous avons abordé brièvement les communautés intentionnelles. Il s’agit d’un concept que certaines personnes maîtrisent bien. En revanche, pour d’autres, ce type de communautés semble un peu honteux, parce qu’il suggère une forme de ségrégation. Récemment, nous avons discuté un peu entre nous des risques découlant de la création accidentelle de communautés où une forme de ségrégation a pris forme en voulant mettre sur pied des communautés intentionnelles. Je vais d’abord demander à Marg de nous donner son avis à ce sujet avant de donner aux autres participants la possibilité de renchérir sur les observations de Marg.

J’ai essayé d’en apprendre beaucoup sur les communautés intentionnelles au cours des dernières années, parce que je crois qu’il est très important que chacun de nous réfléchisse aux services d’hébergement mixtes et à notre contribution à ce phénomène, en tant que voisin et à titre de membre de la communauté. Les communautés intentionnelles n’ont rien à voir avec les étiquettes que nous pourrions attribuer à des personnes. Elles sont liées à la mise sur pied de communautés fondées sur des critères économiques ou religieux et sur le regroupement de personnes de milieux ou de tranches d’âges différents afin de partager des ressources, parce que, je crois, ces personnes visent un objectif commun et aspirent à un même mode de vie. Chaque personne apporte une contribution qui lui est propre. Les communautés intentionnelles comportent des lieux de rassemblement visant à faciliter les échanges parfois « désordonnés » qui ont tendance à se produire. À mes yeux, les communautés intentionnelles représentent un modèle de résolution du problème que nous devrions chercher à adopter. Très rapidement, je veux ajouter un dernier élément. Tout juste la semaine dernière, un promoteur m’a appelé pour m’expliquer qu’il souhaitait construire un immeuble de 30 logements dans St. Marys. C’est exactement le genre d’initiative dont nous allons discuter. Comment pourrons-nous créer une communauté dans cet immeuble de 30 logements? C’est un édifice assez grand dans notre ville.

Bryan, désirez-vous nous faire part de vos réflexions à ce sujet? La ségrégation est une question intéressante. Je travaille avec un groupe de Markham composé de bénévoles d’Asie du Sud qui ont fondé une association. Ils souhaitent mettre sur pied une solution d’habitation qui tient compte des besoins de leurs aînés, des personnes ayant une déficience intellectuelle et de leurs structures familiales. Certaines personnes souhaitent emménager dans cette coopérative ou communauté intentionnelle, mais veulent absolument préserver leur culture. S’agit-il de ségrégation? Je n’en suis pas certain. Je crois sincèrement que ces gens se mêlent aux autres membres de la communauté. Il ne s’agit pas pour eux de créer quelque chose de différent. Je crois que nous devons parfois accepter un niveau de ségrégation plus élevé que celui que nous pourrions souhaiter. Je sais que lorsque nous avons implanté notre résidence, qui compte 60 logements et peut accueillir 84 personnes, nous avons eu beaucoup de difficulté à recruter des partenaires qui souhaitaient vraiment vivre selon ce modèle et partager cette expérience. Quand nous avons ouvert nos installations, nous avons été soumis à beaucoup de pression. Un grand nombre de personnes que nous soutenions en milieu communautaire, où elles étaient par définition plus intégrées, se sentaient extrêmement isolées, à un point tel qu’elles voulaient emménager dans notre communauté, et insistaient pour qu’on les dirige exclusivement vers notre secteur. Au bout du compte, il s’agit d’un groupe très diversifié. Il est très difficile de trouver un endroit où l’on se sent chez soi, en sécurité et libre d’aller et de venir à sa guise tout en faisant partie d’une communauté et en disposant du soutien dont on a besoin. Je crois qu’il existe un éventail de solutions, et non une solution unique. Mais je pense aussi qu’il est facile d’utiliser ce genre de qualificatifs pour une communauté, même si les gens n’y vivent pas vraiment de cette façon. Les résidents ne vivent pas l’expérience de cette façon. Ils vivent dans un endroit où ils se sentent chez eux, en sécurité et en mesure de participer à la communauté. Ils ne sentent pas qu’ils font l’objet d’une quelconque ségrégation.

À mon avis, une communauté intentionnelle n’est pas nécessairement quelque chose que l’on construit. Il ne s’agit pas d’acheter une série de lots et de construire 10 maisons pour créer une communauté intentionnelle. La collectivité où je vis est une communauté intentionnelle. Nous allons à l’aréna, nous organisons des fêtes de rue et nous faisons différentes choses collectivement. Ces activités sont intentionnelles; elles rendent nos voisinages plus sûrs. Je crois qu’il s’agit d’un concept très ancien. Ça n’existe pas dans un grand nombre de milieux. Néanmoins, il se trouve que les gens de notre quartier ont constitué une forte association communautaire. Nous faisons la promotion de toutes sortes de concepts. Nous ne voulons pas que notre quartier devienne trop grand. Par conséquent, tout le monde participe chaque fois que nous tenons une réunion. Je pense que n’importe quel endroit où les gens vivent de la sorte constitue une communauté intentionnelle. Cela demande des efforts, mais ce travail est récompensé par le fait que nul ne se sent isolé. Nous connaissons les personnes âgées qui habitent dans le voisinage. Si nous savons que John est censé se rendre à tel endroit chaque mardi et que personne ne le voit passer à pied, nous irons chez John pour nous assurer que tout va bien. Il n’est pas nécessaire qu’une communauté intentionnelle soit située dans un complexe construit spécifiquement pour l’héberger.

C’est une excellente observation. Nous avons de nombreuses questions qui nous viennent de participants en ligne. Nous allons donc en examiner deux, qui pourraient être choisies au hasard. En fait, les deux questions qui suivent dans la file d’attente sont semblables. Elles nous demandent de migrer des dimensions abstraites des communautés intentionnelles vers leurs aspects très pratiques. Comme il s’agit de deux questions qui sont plutôt liées, je vais les regrouper. Elles concernent la prise en considération des restrictions de zonage et des règlements municipaux, particulièrement en ce qui concerne la prévention des incendies et la sécurité. Je m’adresse à ceux qui ont de l’expérience en construction et en développement. Comment avez-vous traité et géré les éléments qui peuvent donner lieu à des étapes, des délais ou des obstacles supplémentaires? Mike, je sais que vous avez eu à traiter ce genre de problèmes. Quant à vous, Marg, je sais aussi que vous avez participé à la construction de certains centres. Parlez-nous de la prise en considération des restrictions liées au zonage ou aux incendies.

Ça soulève toute une série de problèmes. Je ne pense pas que cela ait quoi que ce soit à voir avec les communautés intentionnelles, Christa. Ce que je veux dire, c’est que ces problèmes font tout simplement partie des activités de développement d’habitation. Je ne sais pas comment aborder la question autrement. Cela fait partie des enjeux que vous devez être prêt à confronter.

Premièrement, vous devez connaître le planificateur et entretenir des relations avec les conseillers municipaux. Il faudrait être naïf pour croire qu’on peut se présenter simplement dans une communauté et y mener des activités. Cela suscite beaucoup de résistance. Je pense que la création d’une structure institutionnelle pour des activités relatives au soutien de personnes ayant des besoins particuliers soulève des problèmes. Nous soutenons plus de 700 aînés et nous exploitons au moins 125 logements pour personnes âgées. Ces services ont été mis sur pied à une époque où ces gens étaient beaucoup plus autonomes. Nos services d’assistance et de logement avec services de soutien ont accompli un travail exemplaire pour faire en sorte que ces gens puissent continuer d’habiter dans leur domicile. Parlons maintenant des conséquences de l’organisation. D’une part, nous avons des services d’aide à la vie autonome; d’autre part, nous avons nos unités d’habitation. Ensemble, ces deux éléments ressemblent beaucoup à des services d’hébergement avec services de soutien. Un incendie s’est déclaré dans un centre d’hébergement et de soins de longue durée au Québec où il n’y avait pas de gicleurs. Il existe un centre pour les aînés qui a été construit à Almonte en 1990 et qui est conforme à la réglementation qui était en vigueur à l’époque. Les personnes âgées sont de plus en plus vulnérables. Certaines résidences comptent cinq étages. Les gens qui connaissent le milieu de l’hébergement en appartement savent que les ascenseurs ne sont pas toujours fonctionnels. Il faut aussi tenir compte de la nature des gens qui habitent dans ces centres. Certaines personnes souffrent de démence. Si l’on veut qu’elles continuent à habiter chez elles, il faut s’assurer que les conditions soient sécuritaires pour les autres résidents de l’immeuble.

C’est le genre de problèmes que l’on doit résoudre sur le terrain. À mon avis, plusieurs règlements sont adoptés afin d’assurer la sécurité de la population; c’est une bonne chose. Je pense toutefois que ces règlements sont parfois fondés sur des concepts dépassés. Nous devons aller au-delà de ces obstacles. Je pense que nous faisons du rattrapage en ce domaine, car nous exploitons deux immeubles en hauteur pour personnes âgées, et nous tentons de les rendre sécuritaires pour les résidents en fonction des normes de 2016. Ces immeubles ont été construits en 1990, avec des fonds publics. Nous devons déterminer ce qu’il faut faire pour qu’ils demeurent habitables. Je n’ai pas de bonne réponse à cette question. Tout ce que je peux vous dire c’est que vous devez être prêt à relever ce genre de défis si vous vous lancez dans le secteur de l’habitation. Ma réaction est la suivante : oui, je crois que les exigences nous obligent parfois à faire des dépenses considérables lorsqu’il s’agit d’héberger des personnes présentant des besoins particuliers. Tout ce que je peux vous conseiller, c’est d’établir des liens avec le commissaire aux incendies, et de faire connaissance avec les gens qui occupent les postes clés. Dans certains cas, ils peuvent interpréter les règlements de façon très permissive. Je suis certain, Bryan, que vous aussi avez eu connaissance de cas où l’expérience avec un inspecteur en bâtiment ou du service des incendies dans un secteur de la ville est totalement différente de celle vécue dans un autre secteur, où les mêmes règles s’appliquent. Je crois qu’il est utile d’entretenir des relations. Toutefois, cela demande du temps.

L’autre question qui nous a été posée se rapporte aux relations; elle fait peut-être référence aux partenariats et aux contacts. Mike, vous venez de faire état des relations avec le commissaire aux incendies. En ce qui concerne la nécessité de devenir le meilleur ami du gestionnaire de la société d’habitation municipale – et nous sommes très heureux de compter parmi nous aujourd’hui des gens du secteur municipal et des services d’habitation –, je me demandais si vous pourriez nous faire part de vos observations sur ce que vous avec vécu, relativement au déroulement du processus. En matière de projets, et je sais, Marg, que vous aussi avez pris part à différents projets, voulez-vous nous parler un peu de votre expérience? Par la suite, j’aimerais avoir l’opinion des autres participants sur les observations de Marg, et comment leur expérience se compare à la sienne.

Je pense que nous entretenons de bonnes relations avec nos responsables locaux des services d’habitation. C’est aussi le cas avec plusieurs promoteurs privés – ce qui est une bonne chose – et avec notre conseil municipal. En fait, j’ai envoyé un courriel au maire ce matin même, et il m’a répondu immédiatement. Je pense que c’est toujours un élément positif. Je crois qu’il faut développer des relations avec les gens, même si on ne sait pas au départ où elles nous mèneront. Je crois que c’est l’un des aspects clés. Il faut connaître ces gens, mieux comprendre leur intérêt en matière d’habitation et la contribution qu’ils peuvent apporter, et la mettre en perspective avec votre propre apport dans le cadre d’un partenariat.

Parlons un peu de notre initiative Neighbourly Homes Project, qui a été heureusement financée par le Groupe de travail sur le logement pour les personnes ayant une déficience intellectuelle. Ce qui nous a permis de mettre notre projet en œuvre aussi rapidement après son approbation, ce sont les relations que nous avions établies avec certains promoteurs. Nous avions pu créer ces relations à la suite de l’invitation que les autorités des services d’habitation nous avaient transmise pour participer à des rencontres afin d’obtenir de l’information sur de nouveaux moyens de financement. Ces rencontres réunissaient des participants de divers milieux, dont des promoteurs de projet d’habitation, des organismes sans but lucratif, etc. À la suite de notre participation et des conversations que nous y avons eues, nous avons pu réaliser notre projet rapidement. Vous savez, Darryl avait un immeuble tout neuf de huit logements. Deux des appartements étaient encore libres. Nous avons eu la possibilité de visiter les lieux avec la personne à héberger et certains membres de sa famille. Il fallait garder à l’esprit les besoins de la personne et agir rapidement. Nous avons dû régler certains problèmes mineurs, généralement liés au stationnement. Il arrive souvent que les immeubles ne comportent pas suffisamment de places de stationnement, surtout si certains résidents ont du personnel de soutien. Les transports en commun ne sont pas très développés dans notre secteur. C’est un aspect pour lequel nous avons dû négocier avec les autorités municipales à plusieurs reprises.

Je pense que les relations sont très importantes de plusieurs façons. On ne sait pas toujours où elles nous mèneront; toutefois, j’ai la certitude que l’on doit les créer et les entretenir.

Je voulais faire la distinction entre deux types de personnes avec qui nous devons traiter dans une municipalité. Je pense que cela s’applique dans la plupart des situations. Dans notre comté, les autorités ont essentiellement deux rôles. Premièrement, elles reçoivent du financement pour élaborer et réaliser des services d’habitation et des stratégies à l’intention des sans-abri.

euxièmement, elles gèrent la société d’habitation. Ce n’est pas nécessairement la même chose, même si les autorités de notre comté ont tendance à déléguer plusieurs représentants au conseil des fournisseurs de logements. Il s’agit vraiment de fonctions distinctes. Selon mon expérience, un certain nombre de responsabilités relatives à l’habitation ont été déléguées à plusieurs petites municipalités. Certains plans ne sont pas vraiment bons. Il faut alors déterminer s’il est souhaitable de collaborer avec les autorités municipales pour les aider à rehausser leurs capacités en matière d’habitation. Je dis cela à titre de commentaire général.

Plus récemment, nous avons découvert que la société d’habitation peut être perçue comme un concurrent dans certaines situations. Vous vous souvenez que j’ai mentionné un projet d’habitation sur lequel nous travaillons à Carleton Place. Il y a là une trentaine de maisons en rangée qui sont probablement inhabitables à l’heure actuelle. Les autorités doivent expulser les gens de ces habitations pour toutes sortes de raisons liées à l’environnement. Nous nous trouvons en concurrence avec eux. L’une des stratégies que nous avons élaborées afin de collaborer avec les autorités consiste à donner la priorité à leur projet, car les gens qui sont expulsés se retrouveront sans logement si rien n’est disponible. Nous faisons beaucoup de développement communautaire avec les autorités et nous mettons nos besoins en veilleuse. Cela a suscité de l’ouverture de la part des responsables municipaux, qui nous perçoivent maintenant comme un groupe qui s’y connaît en hébergement et en besoins particuliers et avec qui ils veulent collaborer. Nous avons dû faire marche arrière dans la promotion de nos propres intérêts et prendre en charge certains éléments qui pourraient être considérés comme relevant de leur responsabilité. Pour cette communauté, il s’agissait du problème le plus pressant à résoudre. En toute franchise, je me demande si cela aide à court terme les personnes qui ont des handicaps intellectuels. Bien sûr, je me demande pourquoi nous faisons cela. À long terme, cela montre notre volonté de donner quelque chose, alors que nous pourrions soumettre des exigences ou faire concurrence aux autorités. À long terme, nous développerons un meilleur partenariat. Voilà un bon exemple pratique. On pourrait considérer qu’il s’agit d’une très mauvaise décision d’affaires de la part d’un fournisseur de services. Par contre, à longue échéance, tous les groupes doivent collaborer afin de réaliser des projets ensemble, car nous voulons tous servir la même communauté.

Je veux seulement ajouter un dernier point. J’ai passé une journée à la conférence de l’Association des Services sociaux des Municipalités de l’Ontario (OMSSA). Cette association regroupe les gens responsables des services d’habitation et d’emploi, des services sociaux, bref de tous ces genres d’activités. C’est un groupe de gens très intéressants qui méritent d’être connus. Ils sont très intéressés à nos activités et à nos besoins, et ils souhaitent vraiment devenir nos partenaires. Lundi, ils ont tenu un forum sur l’habitation. On pouvait clairement percevoir qu’ils subissent de la pression en raison du transfert de responsabilités qui se produit et de ce qu’ils considèrent comme réalisable dans chaque municipalité. J’ai constaté beaucoup d’ouverture. Vous devez ouvrir le dialogue avec ces gens, si ce n’est pas déjà fait. Chaque groupe local devrait entretenir des liens avec eux. Je sais qu’à Toronto, ce n’est que tout récemment que nous nous sommes réunis en tant que groupe. Nous avons mis au point une trousse contenant des lignes directrices pour les groupes. Si vous êtes intéressés, des exemplaires de ce document sont sur les tables. Nous avons commencé nous-mêmes à examiner la question. Nous avons conclu que nous devons d’abord déterminer comment interagir avec les autorités responsables des services d’habitation aux différents échelons gouvernementaux. Nous devons dialoguer avec les autorités municipales, provinciales et fédérales, et nous devons établir des stratégies en ce sens. Ces gens sont des interlocuteurs importants. Si vous ne les avez pas déjà rencontrés, ils sont ouverts au dialogue. Je n’ai croisé personne à cette conférence qui ne souhaitait pas écouter, apprendre et agir à titre de partenaire. Ils ne savent simplement pas comment s’y prendre.

Je veux souligner un autre point : notre structure provinciale ne comporte aucun objectif dans ce domaine pour les personnes ayant une déficience intellectuelle. Les municipalités n’ont aucun objectif à atteindre. Il est incompréhensible que cette question ait une aussi faible priorité. Nous parlons ici de personnes qui ont été maltraitées, qui doivent composer avec la pression des questions de logement pour les Autochtones et d’autres problèmes. Toutefois, cela ne figure pas dans le profil. Je pense à l’adoption d’un objectif officiel, de l’ordre de 1 400 à 1 500 unités, comme le ministre l’a mentionné aujourd’hui. Ce serait formidable si une partie des ressources pour atteindre cet objectif était attribuée à notre secteur. Je pense que nous devons exercer des pressions en ce sens. Nous devons aussi examiner la barrière entre le système des Services de l’Ontario pour les personnes ayant une déficience intellectuelle (SOPDI) et les ministères responsables des questions d’habitation. Ces entités ne communiquent pas entre elles. Certaines personnes font des demandes de services d’hébergement et de soutien, mais ces demandes ne sont pas transmises aux autorités de leur municipalité pour la recherche d’un logement abordable. Il existe des occasions de relier les deux systèmes et d’échanger sur la mise au point d’un modèle de transformation.

Il faut une transformation complète. J’en profite pour faire la promotion de certaines réalisations du Groupe de travail sur le logement abordable et de certaines initiatives en cours, plus particulièrement à Toronto, qui visent précisément à corriger ce problème. Il serait possible d’accéder à des logements avec services de soutien, à des logements à loyer fondé sur le revenu et à des subventions pour le logement. À l’échelon municipal, il pourrait exister une volonté et une ouverture pour soutenir les personnes ayant une déficience intellectuelle dans ce contexte. Malheureusement, en toute honnêteté, notre système n’est pas conçu en ce sens. Nous n’avons pas de liste d’attente pour les personnes qui profiteraient grandement d’un supplément de revenu pour le logement. C’est un aspect sur lequel nous travaillons activement.

Lundi prochain, il y aura un autre forum sur l’accessibilité durant lequel un groupe de travail sur l’habitation donnera un exposé afin, encore une fois, de s’assurer que les gens sont sensibilisés. Bryan, merci encore d’avoir mentionné cela. Mike, aimeriez-vous sauter dans l’arène?

Oui, avant que j’oublie, ce qui m’arrive souvent ces temps-ci. Nous avons beaucoup parlé des gens qui louent des appartements d’autres personnes. L’une des choses que j’ai trouvées particulièrement intéressantes dans ce dont Marg a parlé est l’option de location avec achat. L’une des options dont notre municipalité a fait la promotion est un service d’assistance aux personnes à faible revenu pour l’obtention du montant nécessaire à une mise de fonds sur une propriété. Je pense que cette idée vaut la peine d’être explorée. Un peu plus tôt, je discutais avec Ron de certaines des personnes à qui nous donnons du soutien.

Notre clientèle est généralement difficile à servir. Elle est composée de mauvais locataires; ils sont pauvres et les propriétaires doivent aussi faire affaire avec nous, ce qui peut parfois représenter un obstacle. Je me demande si, en collaborant avec les municipalités, il serait possible de créer des occasions d’accession à la propriété pour les personnes ayant une déficience intellectuelle, au lieu de mettre sur pied des programmes ciblés de subvention des loyers. Nous pourrions travailler ensemble en arrière-plan afin de combiner certains de ces aspects. Si l’abordabilité est un problème. Vous savez, ça pourrait s’appliquer par exemple à l’achat d’un appartement de trois chambres par trois personnes, avec des services de soutien à la gestion fournis par un organisme externe. Je pense que certains modèles qui sortent des sentiers battus offrent les possibilités les plus prometteuses. Je veux vraiment m’attaquer à la perception selon laquelle les personnes ayant une déficience intellectuelle sont condamnées à rester locataires toute leur vie. Je pense parfois que le concept de « priorité au logement » signifie que vous devez habiter longtemps au même endroit et que c’est mieux pour vous.

Je crois qu’il est très important que les gens soient propriétaires de leur logement. J’ai parlé de la location avec option d’achat pour une personne, mais plusieurs des personnes avec qui nous entretenons des liens ont des familles qui possèdent des maisons. En fin de compte, les aspects principaux sont la sécurité et la sûreté des résidences, et la nécessité de veiller à ce que l’argent qu’on y investit soit dépensé à bon escient.

J’allais dire que nous pouvons examiner d’autres exemples d’arrangements de ce genre. Les habitations Legacy Homes à Brockville ont fait un excellent travail à cet égard. Nous pouvons nous adresser à plusieurs organismes pour obtenir du soutien afin d’aider une personne à devenir propriétaire de son logement ou d’aider une famille à permettre à leur enfant de posséder son logement.
Je veux poser une question spécifique à Bonnie. Voici une bonne question de notre auditoire :

L’innovation ne devrait-elle pas viser à aider les personnes ayant une déficience intellectuelle à accéder aux logements qui existent déjà et à les aider à y vivre? Est-il nécessaire que nous inventions de nouveaux modèles de logement? Nous savons que lors des réunions du Groupe de travail sur le logement, nous discutons constamment des immeubles qu’il faut réparer, des gens qui ont besoin d’un supplément au loyer et de certains endroits pour lesquels nous devons trouver l’approche efficace afin d’y placer des gens et rechercher les clients qui s’adapteront le mieux à l’endroit. Je voudrais demander à Bonnie de nous donner quelques commentaires à ce sujet, car son travail concerne ce genre de services.

Eh bien, dans notre cas, la plupart des logements sont loués. Plusieurs de nos clients ne souhaitent pas nécessairement acheter leur logement. Nous recherchons des logements et profitons de tout ce que nous pouvons trouver. Nous logeons des gens dans des appartements au sous-sol, dans des immeubles d’appartements, dans des résidences, bref dans toutes sortes de cadres. Je parle de Toronto. Lorsqu’il faut loger des familles dans d’autres secteurs, il est possible que nous ne trouvions pas d’immeubles d’appartements ou de logements en copropriété. Ces options ne sont pas nécessairement disponibles. Nous recherchons principalement des logements au sous-sol ou essayons d’acheter des maisons et de les subdiviser en logements. Ça dépend beaucoup de l’endroit où l’on vit. À Toronto, les options sont multiples. Il faut les examiner et en profiter, puisqu’elles existent.
Dans les endroits où les choix sont moins diversifiés, je le répète, nous devons faire preuve de créativité. Outre la question du logement, nous devons examiner les services de soutien, parce que nos enfants ont besoin de soutien. Encore une fois, dans les petites communautés, il est plus difficile de trouver des employés de soutien, parce que plusieurs d’entre eux préfèrent chercher du travail dans les plus grands centres urbains. Personne ne songerait à créer une entreprise fournissant du personnel de soutien dans ma région, au lieu de tenter sa chance dans une plus grande ville. C’est un peu plus difficile dans les petites communautés. Il serait peut-être utile de faire preuve de plus d’innovation dans les moyens visant à encourager les jeunes à lancer ce type d’entreprises. À Toronto, nous avons beaucoup de choix et je pense que c’est aussi le cas à Ottawa et dans ce genre de villes.

Nous avons reçu une question intéressante sur le niveau de risque acceptable. Bonnie, je sais que vous avez abordé ce sujet dans vos remarques préliminaires. Cela vous apparaissait comme plutôt inquiétant et vous vous demandiez ce qui pourrait arriver. Par contre, jusqu’à maintenant, le pire qui s’est produit est un débordement de cuvette de toilette. J’ai deux jeunes garçons à la maison et la cuvette déborde régulièrement chez moi.

Marg, vous avez aussi fait remarquer que vous avez commencé vos activités en fournissant des logements et que vous avez ensuite bifurqué et commencé à proposer différents modèles de remplacement pour la prestation de services de soutien. Je me demande si l’un de vous voudrait nous expliquer comment il ou elle trouve l’équilibre entre le risque et l’indépendance, et la recherche de moyens de tenir compte des différents niveaux de risque liés aux besoins. Nous devons tous composer avec des risques dans nos vies personnelles. Comment traitez-vous les risques? Quelles mesures ou quels indicateurs utilisez-vous lorsque vous évaluez les risques et tentez de trouver le point d’équilibre avec la sécurité?

Je pense que nous affrontons tous des risques dans nos vies. Certaines personnes pensent que les risques sont moins importants dans un établissement, mais c’est faux. Les communautés offrent un niveau de sécurité plus élevé, car les gens qui vaquent à leurs occupations habituelles profitent de la vigilance des membres de leur entourage, qui s’inquiéteront si leurs proches manquent soudainement à l’appel. Je pense que c’est un élément de réponse.

L’autre aspect concerne les modèles de soutien des personnes qui utilisent des modes de communication inhabituels ou présentent d’autres particularités. En pareil cas, nous recherchons toujours des mécanismes de protection qui peuvent être atténués à mesure que les individus vieillissent, acquièrent des habiletés et changent avec le temps.

Nous fournissons du soutien à un jeune qui a vécu sur une ferme pendant environ 10 ans. Il habite l’avant d’une maison et quelqu’un d’autre habite l’arrière de l’habitation. Ce jeune homme a besoin de beaucoup de soutien dans sa vie courante et pour contrôler son comportement. Pendant un certain temps, au cours des années, nous avons dû lui fournir du soutien individuel en raison de certains des problèmes qu’il éprouvait.

Les choses ont évolué et il habite seul maintenant, avec la même personne qui réside dans l’autre partie de la maison et fournit une supervision durant la nuit et de l’aide d’urgence au besoin. Joanne vit à cet endroit depuis environ six ou sept ans. Ce jeune a appris à se servir d’un téléphone cellulaire et à jouer des tours, parce qu’il a un merveilleux sens de l’humour, et peut maintenant passer du temps seul, sans supervision. Nous en sommes arrivés à ce point à force d’essais et d’erreurs, en accumulant de l’expérience dans nos contacts avec lui, en discutant avec les membres de sa famille et en approfondissant notre réflexion et notre analyse pour trouver des activités susceptibles de combler ses journées.

Nous avons aussi appliqué une grille d’évaluation des risques que nous avons mise au point et modifiée selon nos besoins. Nous utilisons cette grille pour certaines personnes; je crois que c’est un élément important pour nous. Créer des mécanismes de protection et réaliser des évaluations.

Nous avons reçu une autre question très intéressante concernant les individus qui ont besoin de services de soutien complexes. Un point de vue apparaît sous de multiples formes, et se dégage également des rencontres avec les familles, les parties intéressées et les parents. Ce point de vue se rapporte à la conviction que les personnes ayant besoin de soins poussés ne peuvent pas mener une vie indépendante au sein d’une communauté. Je voudrais soumettre ce point de vue aux membres du groupe d’experts présents aujourd’hui. Je pense que vous connaissez tous notre position à ce sujet. Je voudrais que nous en discutions, parce que ce point de vue refait constamment surface.

Mon fils ou ma fille ne peut pas parler, s’alimenter ou se déplacer de façon indépendante, ou a besoin de tel ou tel type de soins ou de services de soutien. Mon enfant ne peut pas vivre de façon autonome, et doit vivre dans un centre offrant des soins 24 heures par jour, sept jours par semaine.

Je sais que vous avez des réponses à ce type de réactions; je vais donc vous laisser la parole.

Examinons les besoins en soutien de l’individu. En tant que parent, je serais beaucoup plus tranquille si je savais que quelqu’un accompagne mon enfant partout et en tout temps, jour et nuit. Toutefois, cela n’aide pas la personne concernée à mieux se sentir. Si elle a besoin de services de soutien personnel, ceux-ci devraient différer des services d’aide à faire la lessive. La personne a certains besoins de soutien personnel, mais ceux-ci devraient être fournis par quelqu’un de l’extérieur, qui n’habite pas chez la personne bénéficiaire.

Il s’agit de trouver un organisme et des gens qui offrent ce type de soins. Ça peut être des services de soins à domicile, des soins médicaux. Une personne qui vient aider le client ou la cliente à prendre sa douche, par exemple, ou à faire d’autres choses du genre. Ça peut être du soutien communautaire pour se déplacer à différents endroits. Si le ou la bénéficiaire a seulement besoin de services de transport, elle peut faire appel à un service de transport adapté si elle ne peut pas utiliser les transports en commun. En tant que parents, nous agissons parfois à titre de chauffeurs, parce que ça coûte moins cher. On peut toujours trouver des façons de combler les besoins. Je pense franchement que les bénéficiaires sont beaucoup plus heureux lorsqu’ils peuvent vivre de façon autonome de leurs parents. C’est tout naturel pour quiconque d’aspirer à l’indépendance et de vivre ailleurs que chez papa et maman. Les gens veulent vivre leur vie et faire ce que bon leur semble. Les parents ont de la difficulté à accepter cela en raison des risques et de la vulnérabilité aux facteurs externes. À titre de parents, nous ne cessons jamais de nous inquiéter. Finalement, je vais m’inquiéter pour mes deux autres enfants, parce qu’ils ne font pas ce que je voudrais. Est-ce que je m’inquiète seulement de Jenny? Non, je m’en fais aussi pour les deux autres.

Le problème se rapporte à la peur associée aux façons différentes de faire les choses et à la crainte de laisser les gens prendre le risque de vivre leur vie. Malheureusement, la vie n’est pas toujours facile. On risque de se blesser; toutes sortes de choses peuvent se produire. Les relations entre les personnes ne sont pas toujours heureuses. J’ai la conviction que tous les gens qui sont ici connaissent quelqu’un qui a vécu des déboires dans ses relations avec les autres.

C’est inacceptable de priver quelqu’un de la possibilité de vivre cet aspect de sa vie. En tant que parent, je ne veux pas que mes enfants souffrent. Mais les parents ne peuvent rien faire à cet égard. Ce sont les expériences que les gens vivent qui forgent leur personnalité.

Je voudrais vous faire part de quelques réflexions. Ce que je veux dire, c’est que l’une des questions fondamentales concerne la nécessité de distinguer ce qui est important pour la personne et d’organiser les services de soutien autour de ces aspects. Pour ceux qui ne connaissent pas notre jargon, précisons que ce qui est important pour la personne, c’est de vivre de façon autonome. Ce qui est important, c’est que maman ne soit pas fâchée contre moi, que je prenne mes médicaments au moment voulu ou que je fasse n’importe quelle autre chose qui importe. Je crois qu’il existe une grave lacune à cet égard. De façon réaliste, en tant que fournisseurs de services, nous assumons la responsabilité des soins, ce qui exige de notre part que nous portions attention au cercle de soutien de la personne.

Qu’avons-nous appris du mouvement « vie autonome »? Lorsque ce mouvement a pris son essor, dans les années 1970, les personnes qui avaient des handicaps physiques étaient, dans plusieurs cas, des vétérans. On peut rassembler ces gens dans des environnements de vie en groupe, et les résultats sont très favorables. Nous avons trouvé des moyens de soutenir ce type de personnes, même s’il s’agit de quadriplégiques qui respirent à l’aide d’un ventilateur. Le pire problème de la vie autonome est le sentiment de solitude que ces personnes éprouvent. C’est le manque de liens sociaux. Ces gens souffrent parfois de trouble de stress post-traumatique (TSPT) ou d’autres troubles du comportement qui rendent les échanges avec eux difficiles, mais ce sont des choses qui arrivent. Certaines des personnes que nous soutenons ont besoin d’entrer en contact avec d’autres gens que leur mère ou leur sœur, et nous devons tenir compte de ce besoin dans leur vie.

En soi, l’indépendance est un concept louable, mais ce n’est pas la réponse à tout. L’autre aspect, que l’on découvre quand on fournit des services à des gens à l’autre extrémité de la courbe des âges, concerne les moyens à déployer pour leur permettre d’habiter chez eux le plus longtemps possible et de conserver leurs structures sociales, avant de devoir déménager dans un autre cadre. Eh bien, l’une des réponses à cette question – et le système de santé excelle à ce genre de choses – consiste à ne fournir que le soutien strictement nécessaire. Parfois, ce soutien est insuffisant, mais nous le fournissons en fonction des exigences de la personne et du milieu où elle réside. J’aimerais bien que le système de santé fasse un peu mieux à ce chapitre. Les responsables du système de santé pourraient prendre quelques leçons des Services pour les personnes ayant une déficience intellectuelle.

Nous pourrions aussi consulter les aînés afin de savoir en quoi consiste « juste assez de soutien ». L’une des choses que nous apprenons auprès des aînés est la façon d’appliquer les progrès technologiques. Je parle de ce qui permet aux gens de vivre de façon autonome : réduire les risques de chute, faciliter les communications, promouvoir des choix pour les gens dont la capacité de prise de décisions est limitée, bref ce genre de choses.

Il ne s’agit pas d’introduire des technologies afin d’éliminer des emplois, au contraire. Le recours aux technologies est souvent mal interprété et donne lieu à ce genre de réactions. Non. Nous sommes dans une situation où ces changements pourraient profiter aux deux parties, tant les fournisseurs que les bénéficiaires. Il n’y a pas suffisamment d’argent pour que nous puissions continuer à fournir des services individualisés à tous les clients, qui en ont pourtant besoin, comme l’expérience acquise nous le montre. Ce n’est pas la seule stratégie pour combler nos besoins.

Bryan, je vois que vous avez ouvert votre journal de bord.

Je pense que nous devons relever un défi lié à la diversité des risques. Les gens sont plus résilients que nous ne le croyons, mais certains risques sont trop importants pour que nous les acceptions. Nous avons mis au point toutes sortes de mécanismes pour nous protéger, comme les ceintures de sécurité, qui limitent nos choix. Cette recherche de l’équilibre représente un défi important, parce que certaines des personnes à qui l’on parle semblent mal comprendre le problème. Je fais référence à certaines des expériences que nous vivons et au type de risques que nous devons gérer lorsque nous fournissons du soutien à nos clients. C’est un défi. Je pense particulièrement au rapport de l’ombudsman. Que dit-il concernant le rôle du ministère et du système dans la gestion de la vie des gens? Doit-on croire qu’il existe une présomption selon laquelle le système social est censé nous mettre à l’abri de toutes les formes de risque dès que l’on souffre d’un handicap quelconque? Nous pouvons donner du soutien pendant quatre heures par jour à certaines personnes, mais ces gens peuvent ensuite sortir faire une promenade et se faire renverser par une auto en traversant la rue. Nous savons qu’ils font les choses différemment et suivent leur propre voie, mais devons-nous être à leurs côtés chaque jour? Cela fait partie des risques.

D’autre part, il y a des gens qui se négligent ou qui sont violents. Nous devons leur fournir du soutien et reconnaître les risques qu’ils présentent pour eux-mêmes ainsi que le fait qu’ils pourraient avoir un effet destructeur sur leur environnement. Devons-nous contrôler tous ces risques? En tant que société, quel niveau de risque sommes-nous disposés à tolérer et quelles pressions et restrictions voulons-nous imposer? Cela peut mener à enfermer les gens, d’une façon ou d’une autre. Nous sommes devenus à ce point allergiques au risque que nous emballons les gens dans le cellophane et les empêchons complètement de vivre. C’est un défi de taille.

Je pense que l’aspect le plus important consiste à reconnaître ce défi. Je constate avec étonnement que nous sommes presque à court de temps. Nous avons reçu quelques questions d’ordre technique. Je pense que nous allons les réserver pour la table ronde de cet après-midi. Nous avons quelques questions concernant le maillage de solutions distinctes pour le logement et le soutien aux individus. D’une certaine façon, je crois que c’est ce que Bonnie et son groupe s’appliquent à faire. On commence par trouver un logement, puis on organise le cercle de soins centrés sur la personne afin de lui apporter le soutien correspondant à ses besoins dans le cadre de vie particulier constitué par le logement qui lui est fourni. D’autre part, je crois que certains d’entre vous ont élaboré des solutions très intégrées, qui ne se limitent pas à la question de l’habitation, mais dans lesquelles le volet habitation est inclus au système de soutien du bénéficiaire.

Oui, je voudrais vraiment que nous abordions cette question. Comme je l’ai dit, nous gérons environ deux cents logements. Nous avons délibérément séparé les activités de gestion de foyers de groupe et de gestion des actifs du reste des activités. Bien franchement, le personnel des Services pour les personnes ayant une déficience intellectuelle abat une tâche colossale pour l’entretien des résidences. Je le sais, parce que je gère des foyers depuis plus de 30 ans.

L’autre aspect concerne le fait que les gens ne sont pas tenus de résider dans un lieu particulier s’ils souhaitent habiter ailleurs. Comme la plupart des gens, nous avons reproduit à plus petite échelle les structures institutionnelles qui existaient auparavant. Maintenant que nous procédons à la désinstitutionnalisation des systèmes de prestation de services, nous devons appeler un chat un chat. L’un des éléments consiste à séparer du reste les aspects relatifs à l’immobilier. Lorsque nous parvenons à trouver d’autres endroits où les gens souhaitent habiter, que faisons-nous des actifs physiques qui sont maintenant inoccupés? Nous les rénovons, les vendons et investissons les produits de la vente dans d’autres activités.

Pour nous, l’avantage de la dimension « gestion immobilière » est lié au fait que nous offrons aux aînés différents services de soutien à domicile, comme le déneigement, le ménage et l’entretien des maisons. Nous pouvons aussi fournir ces services à des personnes ayant une déficience intellectuelle. Nos services de base sont conçus pour les personnes âgées, mais l’entretien ménager ou la réparation d’un toit se font toujours de la même façon, quel que soit l’âge du résident. Comme nous disposons de cette capacité, nous pouvons fournir ce type de services de gestion à toutes les personnes qui vivent de façon autonome, mais qui ne sont pas en mesure de gérer elles-mêmes tous les aspects pratiques de leur existence. D’un point de vue organisationnel, on ne peut pas isoler ce genre d’activités. Il est évident que nous disposons d’un avantage. Je pense actuellement à un cas où nous fournissons des services à un couple de personnes âgées qui vivent dans une résidence pour aînés. C’est assez clair. Je pense aussi à deux autres personnes qui vivent dans un appartement et qui assurent une partie des tâches d’entretien ménager. Les tâches liées à la gestion immobilière sont exécutées par nos employés d’entretien. Nous avons dû revoir notre façon d’envisager les choses; nos activités ne sont pas tellement différentes de ce dont Bonnie a parlé.

La période réservée pour notre webinaire tire à sa fin. Je veux vous demander si vous souhaitez ajouter quelque chose à la suite de vos réflexions sur les questions et les interventions de ce matin. Pour ma part, je sais qu’il me faut parfois un certain temps pour formuler ce que je veux dire après avoir réfléchi à une question. N’hésitez donc pas à revenir sur les questions ou les commentaires qui ont précédé. Je vais donner à chacun de vous quelques instants pour vos remarques de conclusion, si vous souhaitez transmettre un message sur un sujet particulier. Pas sur tous les points, mais sur un seul aspect. Bonnie, je vous cède la parole.

Je veux simplement mentionner que les parents forment le groupe qui déploie le plus d’efforts pour prendre soin des personnes ayant une déficience intellectuelle. C’est un fait concret, tout simplement. En fait, les parents souhaitent continuer ce travail, mais de façon différente. Je pense qu’en tant qu’agences et en tant que familles, nous devons examiner les choses d’un point de vue différent. Il existe encore de vastes domaines où nous pouvons collaborer. Aujourd’hui, les services ne sont plus fournis de la même manière que dans le passé. Les parents n’ont plus l’attitude « tenez, voici mon enfant, on se reverra à Noël ». Nous travaillons ensemble dans le but de fournir les services que les individus réclament de leur propre chef. Il faut parfois du temps pour trouver la bonne formule.

Même les jeunes qui possèdent de bonnes aptitudes à la communication verbale ne savent pas toujours exprimer clairement leurs besoins. Une partie du problème consiste à déterminer ce que l’individu souhaite obtenir, pour mettre ensuite sur pied les services de soutien requis. Il ne s’agit pas nécessairement de services de soutien rémunérés. Les services peuvent venir de la communauté. Ils peuvent émaner de toutes les possibilités qui sont offertes à chacun de nous dans la collectivité. Par contre, il arrive parfois que nous éprouvions une certaine lassitude dans nos efforts pour considérer les familles d’un œil différent, alors qu’elles souhaitent ce qu’il y a de meilleur pour leurs enfants. Le jour de la naissance de ma fille, qui est trisomique, je me suis demandé où elle vivrait lorsque je serais morte. Ce n’est pas une bonne façon d’accueillir dans le monde une enfant qui vient de naître. Je pense que la société et le gouvernement doivent revoir légèrement leur façon de penser.

Je pense à deux aspects importants. Ils concernent la mobilisation de partenaires potentiels et le développement de relations avec eux. Je crois que ces aspects sont très importants pour la communauté, car il s’agit d’une approche de développement communautaire qui produit de bons résultats pour la plupart d’entre nous. L’autre point sur lequel les personnes qui ont des liens avec des individus ayant des besoins particuliers doivent se concentrer se rapporte à la nécessité de bien connaître les gens à qui on veut donner des services. Je crois qu’une planification et une facilitation efficaces nous permettent d’acquérir certaines de ces notions spécifiques. Il s’agit de mettre l’accent sur les personnes, pour leur permettre d’explorer des options et, sur un plan plus large, de faire connaissance avec les partenaires et de déterminer comment les approcher.

Je fais allusion au concept de mobilisation des gens. Je crois que j’en ai fait état dans le contexte des relations avec les gouvernements municipaux. Vous savez ce que je veux dire : connaître les gens de sa communauté et déterminer ce qui est important pour la collectivité. Il faut découvrir les similarités et amorcer des dialogues dans la communauté concernant le logement, car plusieurs personnes souffrent de ne pas disposer d’un logement adéquat. La question du logement soulève beaucoup d’intérêt à l’heure actuelle. Le groupe responsable de la Stratégie nationale en matière de logement tient des consultations en ce moment. Il faut mettre en évidence la vie des gens qui éprouvent des besoins particuliers. J’emploie cette expression dans son sens large, car nous fournissons des services à des enfants aux prises avec des problèmes de santé mentale aussi bien qu’à des adultes ayant une déficience intellectuelle. Nous devons faire connaître ces gens et veiller à ce que leurs besoins deviennent une préoccupation pour toute la population, parce qu’ils font partie de la collectivité. Ils sont des nôtres et nous devons commencer à les traiter comme tels. Je crois que nous avons découvert un élément important en travaillant avec les aînés : nous devons éliminer les barrières afin de les intégrer aux communautés. Je ne saurais trop insister sur le fait que même si nous faisons un excellent travail dans la prestation de services, nous devons prendre du recul et mettre l’accent sur les interventions qui produisent un impact sur la collectivité, sur le développement communautaire et sur la création de collectivités accueillantes. La prestation de services constitue simplement une stratégie pour créer la vie dans la communauté. Je pense que nous avons confondu les moyens et les fins.

La seule chose que je désire ajouter, outre les discussions très ciblées concernant les interventions centrées sur les individus et les relations dans notre domaine particulier, concerne le fait qu’un changement général est nécessaire. J’ai sous les yeux un document, une présentation du Collectif canadien pour le logement au gouvernement fédéral. Elle exclut notre secteur. Lors de la restructuration récente des services de santé à la suite de l’adoption de la nouvelle loi, cette population n’a pas été reconnue comme vulnérable. Il est étonnant de constater à quel point la vulnérabilité de la population à laquelle nous fournissons des services est peu reconnue à l’échelle nationale. Sur le plan macro, nous n’avons pas de voix; nous n’apparaissons pas sur la liste lorsqu’on discute des besoins de logement sur le plan national. Les interventions à cet échelon sont très rares. Nous avons besoin de nous faire connaître à l’échelle nationale, tout en cultivant dans les communautés locales les relations qui sont essentielles aux vies des gens que nous soutenons et aux membres de leur famille. Nous avons besoin de ces deux types d’interventions.

Merci. Nous allons maintenant conclure les discussions du groupe d’experts. Je tiens à vous remercier tous les quatre d’avoir partagé avec nous vos réflexions et votre expérience. Merci à ceux qui ont suivi le webinaire et participé aux séances régionales. Cela totalise 156 personnes en ligne!

Nous avons reçu tout un flot de questions. Nous aborderons certaines questions techniques durant notre table ronde cet après-midi. Nous vous servirons un repas pour éviter que vous ayez à quitter le bâtiment, au risque de ne pas revenir. C’est important! Nous comptons vraiment sur vous pour rouler vos manches et plonger avec nous dans les questions pratiques lors de la discussion qui aura lieu cet après-midi. C’est ce qui nous permettra de rédiger le rapport que nous voulons présenter au ministère. Nous comptons sur les discussions de cet après-midi, sur le travail des participants aux séances régionales et des personnes qui organisent leurs propres discussions locales ainsi que sur les échanges qui auront lieu en janvier dans le cadre des travaux du Groupe de travail sur le logement. Nous avons l’intention de produire un document d’ici la mi-février. Ce rapport résumera le contenu de toutes ces discussions. Pour l’instant, je vous remercie de vos questions. Plusieurs des personnes présentes ici dans la salle nous ont également transmis leurs questions. Merci encore aux membres du comité d’experts. Avant de faire une pause pour le dîner, je vous invite à vous joindre à moi pour les applaudir chaleureusement.